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dimanche 16 août 2026

Flight Simulator (février 1989)

 to reserve several ranges of the highest memory locations for special purposes, and keep all the low memory locations free for open use. This achieved the benefits of reserved blocks of memory, while keeping as much of the address space as possible open for ordinary use. (Peter Norton)

Hier soir, je l'ai fait, j'ai essayé de le faire: lancer Flight Simulator et en même temps lire Sperone Speroni (le livre fétiche qui avait accompagné ma première traversée de l'Atlantique). Je suis parti d'un petit terrain fantôme situé sur l'East River, à Manhattan, du côté de South Port, selon les coordonnées fournies par Charles Gulik (Charles GULIK. : Flight Simulator Co-Pilot .- Microsoft Press, 1987). Je suis d'abord parti plein nord, vers Harlem, en montant rapidement à 6000 pieds. Il était autour de midi (1:00 du mat. dans la chambre) et le ciel était gris: une couche dense de nuages entre 8000 et 9000 pieds. J'ai stabilisé mon vol en réduisant les gaz : 2050 tours/minute, 5000 pieds d'altitude, 100 nœuds de vitesse relative, vitesse ascensionnelle nulle et cap toujours plein nord. A ce moment-là je suis retourné dans le salon où Jo let E causaient, chercher un atlas où je trouverais un plan pour m'orienter. Mon projet était de m'approcher le plus possible du Canada en suivant la côte atlantique. Plus concrètement de faire NY - Boston en survolant le Long Island Sound. Donc, revenu devant l'écran, je me suis aperçu que mon cap était mauvais. J'ai viré de 90° vers la droite et mis le cap à l'est. Et pour gagner de la vitesse je suis descendu à 3000 pieds sans réduire les gaz mais en poussant le manche à balai. Ma vitesse relative est montée ainsi à 120 nœuds. Je n'avais toujours pas ouvert Speroni. Je me suis retrouvé ainsi au-dessus de l'East River, à l'entrée du Sound, entre le Bronx à ma gauche et Queens à ma droite. Alors Jo est venue dans ma chambre,s'étonner du bruit de moteur, et s'est assise sur le lit. Je lui ai expliqué que la hauteur du bourdonnement correspondait au régime de mon moteur, puis, comme j'avais aperçu sur la droite, assez loin de l'autre côté de Long Island quelque chose qui ressemblait à un aéroport, j'ai mis le cap vers cet aéroport (plein sud) en réduisant mon altitude, pour montrer à Jo comment fonctionnait mon Cessna simulé. J'ai fait différentes manœuvres d'approche du terrain, un peu brutales: il est difficile pour un novice comme moi de manœuvrer et d'expliquer en même temps.

Finalement je me suis crashé faute d'avoir penser à redescendre mon train d'atterrissage ! (Il m'est arrivé de réussir à me poser mais toujours un peu par hasard). Fin de mon voyage, et je n'ai pas ouvert Speroni. Ensuite, pour faire faire un petit tour à Jo, j'ai redécollé du petit terrain fantôme mais cette fois cap au sud-sud-est après une boucle au-dessus de Manhattan, vers Battery Park, les tours jumelles du World Trade Center et la statue de la Liberté. La ballade s'est terminée dans l'eau (mauvaise appréciation de mon altitude).

Logiciels magiques : Flight Simulator, King's Quest, Gem Draw : ils offrent un monde où j'ai l'impression de pouvoir me promener indéfiniment, une image de l'infini.

Ils sont dans l'univers de la micro-informatique domestique, ce que sont les labyrinthes dans celui des jardins. Jo m'a parlé d'un logiciel de dessin ou d'archi qu'a son ami Michel G. qui permet d'observer un objet, une fois celui-ci créé, sous ses différentes faces et (surtout) qui permet d'entrer dans une maison que l'on a dessinée (Gem Draw permet un peu ça).

Je crois que c'est Danielle qui m'a appris l'existence du FS. En me racontant un voyage d'Oleg (de NY à Boston p-ê) qui dura toute une nuit. Et Jean-Luc m'en a passé une copie peu avant mon retour en France. Mais pendant longtemps je n'ai pu l'utiliser faute d'un mode d'emploi (en particulier un tableau des correspondances clavier).

Jusqu'à ce que je trouve, à Paris, le livre de Gulik.

Jusque là, j'avais en tâtonnant découvert l'utilisation de quelques touches (et Bernard de quelques autres, le soir du 17 décembre qui répétait cette nuit où Oleg m'avait montré des logiciels de jeu, le 14 décembre, presqu'un an jour pour jour avant) et j'avais pu faire quelques vols au-dessus de Chicago en prenant les commandes au milieu de la démo. Mais la magie de FS ne joue qu'en sourdine alors.

J'ai été frappé, lorsque j'ai repris King's Quest récemment, par la qualité approximative des graphismes relativement au souvenir que j'en avais gardé. Dans FS les graphismes ne sont pas approximatifs, ils sont élémentaires. Ils sont un support pour l'imagination.

Les leçons de vol sont pénibles, lentes, mais c'est par elles que s'effectue la magie. Il s'agit d'un véritable apprentissage mais c'est un apprentissage de l'imagination autant que de la technique d'utilisation du simulateur (c'est-à-dire, grosso modo, du vol). Il y a un très beau morceau dans Gulik qui dit cette magie à propos de l'apparition de l'aube à l'issue d'une nuit de vol (FS est un logiciel de nuit, il y a quelque chose du rêve dans ses vols). Cette nuit et cette aube ne sont presque rien sur l'écran : au crépuscule les ailes et la queue de l'avion de blancs deviennent noirs et il faut "allumer les lumières" pour avoir son tableau de bord visible (d'ailleurs alors semblable à ce qu'il est de jour), la nuit le ciel est noir, voilà tout et ça suffit. Les leçons de vol sont pénibles mais elles sont l'apprentissage de la magie. Je ne me contente pas des leçons (en fait je n'y avance pas beaucoup) et la plupart du temps j'utilise ce que j'ai appris pour voler mais j'ai peut-être tort de trop voler sans avoir assez appris, pas seulement parce que je pilote mal, sans précision, mais surtout parce que mon savoir donc mon imagination ne sont pas encore dignes des longs vols que je fais. Ainsi j'ai appris à me poser empiriquement, sans le secours du manuel, en déduisant de ce que je savais déjà la technique de l’atterrissage "dans la vraie vie". C'est très bien mais trop facile parce que je peux me poser n'importe où, le logiciel l'autorise, hors des pistes, où dans la réalité il y aurait des bâtiments ou des irrégularités de terrain suffisantes à me faire capoter. C'est une limite du logiciel.

Ce n'est que l'apprentissage de la technique correcte d'atterrissage qui me permettra de suppléer par moi-même aux limites du logiciel. Le fait de voir les limites de la piste se précipiter sous mes roues équivaudra alors à l'écran morcelé qui signale le crash.

(Note du 27 février 1989))

16 août 2026: J'avais ramené le logiciel du Canada en 1986. Les versions ultérieures furent très différentes, en particulier les développements ont radicalement changé la représentation des paysages, Beaucoup de pixels, précision croissante, extension des espaces possibles, je n'ai été cependant que très modérément tenté par ces nouvelles versions où la magie particulière de l'effet des modes austères de figuration sur l'imagination du joueur avait disparu. C'est quelques années plus tard, en 2001, que Google Earth m'a donné la possibilité de faire apparaître sur mon écran le monde entier vu d'en haut, un autre "miracle"!)

Le baiser du soir dans "Monsieur Proust" de Céleste Albaret

Quand il était enfant, me racontait-il, il était la cause de scènes, parce que, principalement après le début de son asthme, il profitait de...