mercredi 25 septembre 2024

Surréalisme

 Ne pas oublier le surréalisme. Le surréel, c'est en quelque sorte l'idée de chercher le réel au-delà de la réalité. L'attention au rêve est une donnée originaire et le premier outil, l'outil fondateur, est l'écriture automatique. Quant à celle-ci on a amplement souligné sa proximité avec l'association libre dans la parole de l'analysant (et l'écart essentiel) mais quant à ce qui m'intéresse j'y reconnais surtout une libération du flux d'écriture, libération de toute intention, de tout projet peut on dire si l'on garde à l'esprit que les séances d'écriture automatique s'inscrivent dans le cadre d'un projet, d'un chantier du projet surréaliste (c'est-à-dire que si l'écriture est libérée du projet, ce n'est qu'au niveau 1, celui du flux justement, alors qu'elle est dans son actualité encadrée et organisée par un niveau 2: le chantier, les séances d'écriture automatique organisées par le groupe surréaliste, lui-même précurseur ou première actualisation d'un niveau 3 où il s'intègre, à savoir le projet surréaliste lui-même tel que Breton le théorise dans le manifeste de 1924).

Il y a une coïncidence magique dans le fait que Breton sort son manifeste l'année de la mort de Kafka.

(En rangeant du bois, Le "Manifeste du surréalisme" a cent ans : un podcast à écouter en ligne France Culture)

mardi 24 septembre 2024

Flow: le flux d'écriture chez Proust et chez Kafka

 La note de Christian ce matin me fait revenir sur une réflexion que je me suis faite, sans m'y attarder, en lisant l'extrait de Lévi-Strauss envoyé hier. Il s'agit du manque qui m'apparaît dans ces élaborations théoriques d'une dimension pourtant essentielle de la création littéraire: ce que j'appellerai le flux (et j'avais aussi en tête le terme anglais flow, emprunté au vocabulaire du rap et importé dans le parler adolescent).

La description que fait CLS de la construction de la Recherche comme du montage d'une robe est très belle et très juste sauf qu'elle néglige la dimension du flux. Il y a une autre métaphore pour dire la Recherche qui si elle a trop offusqué celle de la robe ne doit pas être oubliée, c'est celle, empruntée à Chateaubriand, de la cathédrale. La Recherche commence par deux morceaux ou parties: le début (Combray) et la fin (le temps retrouvé) - qui sont les pièces essentielles de sa thèse ou de sa "démonstration" - et ensuite il s'agit de bâtir ce qui va relier ce début et cette fin. Il y a le déroulement d'une temporalité depuis le moment où Proust a l'idée, la forme de son roman. Il importe bien des morceaux préexistants mais en les réécrivant: il réécrit beaucoup, Proust, surtout au début, et en écrivant il modifie beaucoup, il réécrit plus qu'il ne corrige (à la Flaubert) et il réécrit en fonction de la forme qu'il a conçu de son roman, c'est-à-dire aussi de sa démonstration.

Ça avance bien comme ça jusqu'à ce qu'il se passe quelque chose: l'irruption d'Albertine. Albertine existe avant l'arrivée d'Agostinelli dans la vie de Proust mais c'est sans doute celle-ci qui va donner au personnage d'Albertine son élan et sa place. Et c'est ainsi que vient s'insérer, inflation inattendue pour l'auteur, et pour le lecteur pièce essentielle, l'épopée d'Albertine, prisonnière et fugitive. A ma connaissance cette épopée n'est précédée que de très peu de morceaux préexistants voire pas du tout. Et elle échappe à la métaphore de la robe: elle est bien plus comme ces développements, coupoles ou chapelles, que l'architecture renaissante ou baroque ente sur des cathédrales médiévales qu'il s'agit d'achever. Et son écriture me semble relever du flux, c'est-à-dire de quelque chose qui emporte l'auteur et s'impose à lui.

Kafka, écrivain fragmentaire s'il en est, ne fait pas beaucoup de montage à ma connaissance. Il laisse ses fragments tels quels dans son journal et recommence de neuf. C'est comme s'il essayait à chaque fois d'attraper ou de se laisser attraper par un flux qui le mènera plus ou moins loin, jusqu'au bout, pourrait-on dire, jusqu'au bout qui fera pour lui œuvre de ce qui a été écrit (bout souvent mortel, soit dit en passant). Et la plupart du temps ça ne le mène pas très loin. Sa réussite paradigmatique, c'est le Verdict écrit en une nuit et dont il fera une exégèse freudienne le lendemain, exégèse qui peut paraître parodique mais qui indique la parenté que le flux d'écriture a, comme dépossession et comme dictée (comme écriture de l'autre) avec le rêve.

L'écriture du roman dans ces conditions est l'effort de maintenir un flux à travers les séances d'écriture, un flux transversal en quelque sorte qui vient se réincarner avec plus ou moins de bonheur dans les flux particuliers de chacune des séances successives. Effort épuisant et au résultat aléatoire.

Il n'y pas de montage donc chez Kafka sauf celui mécanique qui juxtapose les différentes sessions successives dans l'écriture d'un roman. J'ai lu quelque part, que j'aimerais bien retrouver, que Kafka appelait le "liant": le "travail du roman" ou quelque chose comme ça et qu'il détestait ça.

Il y a un autre type de montage possible mais que nous faisons nous-mêmes, lecteurs ou éditeurs, qui est de rassembler des morceaux qui appartiennent à un même élan fictionnel, je pense au Chasseur Gracchus en particulier qui m'attache par des motifs très personnels. Nulle volonté de lier, là, ni devoir de cohérence. Le contraste est intact et il est lié à la multiplicité des séances (des prises) c'est-à-dire des flux.

Il me vient bien d'autres choses à écrire sur cette ligne, ainsi réfléchir au rapport du lecteur au flux d'écriture, à partir de ma lecture en ce moment de la Princesse Casamassima, mais je n'ai que trop bavardé, j'ai fait mes kilomètres et j'ai un peu mal au dos. Je vais donc en rester là pour l'instant. 

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Le baiser du soir dans "Monsieur Proust" de Céleste Albaret

Quand il était enfant, me racontait-il, il était la cause de scènes, parce que, principalement après le début de son asthme, il profitait de...