lundi 8 septembre 2025

Pialat (notes éparses d'auditeur)

 (Maurice Pialat, une histoire française - France Culture)

Pialat était un auvergnat qui s'est épris des gens du Nord.

Au départ il était peintre. Il a fait du cinéma pour gagner sa vie. Il a dit, sur le tard que s'il avait gagné beaucoup d'argent, il aurait arrêté le cinéma pour ne faire que de la peinture.

Quand il a commencé à faire du cinéma, il a arrêté de peindre.

Pour ce que j'en vois sa peinture n'est pas mauvaise. Un peu académique cependant pour les années d'après guerre. Mais une bonne peinture comme celles que mon grand-père aimait acheter.

On n'y devine pas, cependant, un avenir de grand peintre en réserve. Ses talents de peintre, c'est sans doute dans son cinéma qu'il les a le plus exploités. Il parle du travail sur les scènes, du montage en particulier, comme un peintre parlerait d'un tableau. En termes d'équilibre et de tonalité en particulier.

Il remarque au cours de l'un des entretiens combien Bonnard revient plusieurs années après sur un tableau.

A l'entendre on conçoit que pour lui un film, c'est d'abord une suite de scènes (de tableaux) avant d'être une histoire (on croirait du Chandler!)..

À propos d'une suite de scènes plutôt comiques ou saillantes il explique qu'elles n'avaient pas été conçues au départ et qu'elles avaient été ajoutées pour donner (de manière un peu artificielle) de l'énergie à un film qui en manquait, au moins pour le public. C'est alors le film tout entier qui est traité comme un tableau, en termes de tonalité et d'équilibre.

Ce qui m'intéresse, ce qui m'accroche au départ, c'est l'analogie que je peux faire entre le travail que fait Maurice Pialat pour ses films et le travail d'écriture (le mien en particulier, très vaniteusement ou très égocentriquement, ou plutôt très pratiquement). Et avec cette idée annexe que la référence première de Pialat, son point de départ, c'est la peinture. C'est-à-dire que ça me permet de réfléchir à cette idée que j'écris plutôt comme un peintre, avec in modèle à demi conscient qui serait celui du peintre, c'est-à-dire ,plus précisément, de celui qui fait des tableaux, plutôt que ce que serait le modèle du musicien, comme je pense que peut faire l'auteur de romans qui composerait comme un musicien (classique) compose une symphonie, en faisant attention aux thèmes, aux structures, aux motifs qui doivent revenir, etc..

Je ne suis pas très sûr de la solidité de ces analogies mais elles peuvent être un support de réflexion, un cadre. Le point principal, derrière, c'est celui du rapport entre le flux, soit le moment où les phrases se forment et se déposent, et le "roman", le travail autour des séquences d'écriture continue (le flux)°, après coup (correction, réécriture: Pialat explique assez précisément comment le montage peut être un travail de rattrapage, clairement secondaire par rapport à la prise de vue) mais avant aussi: la conception de l'histoire éventuelle, le projet, puis tout le management des séances d'écriture. sur quoi, comment, où et quand?

° C'est-à-dire que les éléments mis en rapport: "flux" et "roman" sont purement internes au travail d'écriture;

Quant à l'écriture, Pialat dit clairement qu'il ne l'aime pas, qu'il ne l'aime pas et qu'il y est gauche, maladroit. Et il relie ça au fait qu'il était mauvais élève?

Lorsque j'ai lu les mises en littérature (l'édition) des écritures d'Éric Rohmer, j'avais été frappé parce qu'il m'avait semblé d'évidence leur médiocre qualité littéraire (d'où, au passage, l'importance de la prise de vue). Rohmer va au cinéma depuis la littérature, le cinéma lui permet de faire ce qu'en littérature il n'est pas capable de faire. Ce qui n'est pas le cas de Pialat: il va à la peinture puis au cinéma contre la littérature.

9 commentaires:

  1. Très intéressant. Je crois que nous en sommes au moment où nous ne pouvons plus éviter de comparer la littérature aux autres arts. J'essaierai de dire quelque chose d'analogue à propos de la musique contemporaine

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  2. Pour moi, la vocation première, c’est la musique, et l'idée la concernant était 1. d’en écrire, 2. de le faire sous les catégories de la musique contemporaine. J’envisage les questions d'écriture, d’abord en référence à la musique, ensuite en référence au cinéma. La littérature ne vient qu'après, non pas que je l’aime moins, mais le travail sur les formes, pour ce qui la concerne, me semble abandonné depuis plusieurs décennies. Je relis La vie d'Henri Brulard, et à chaque phrase je crois comprendre ce que l’auteur veut faire, ce vers quoi il tend, et cela me ravit. Il faut du désir pour porter une œuvre, mais pour faire de l’art il faut que ce désir prenne la forme d’un projet formel, ce qui me semble très souvent le cas au cinéma ou en musique, mais dans la littérature je ne vois plus grand monde.

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  3. Quand nous étions jeunes, à propos de mes maigres tentatives d’écriture, A. évoquait souvent le nom de Georges Perec. Or je trouvais chez Perec une froideur obsessionnelle qui m’effrayait. Et c’est toujours le cas. Raison pour laquelle je ne peux pas dire que j’aime Perec. Pour autant son projet me semble clair, et donc exemplaire, ce qui me rend à son égard non seulement admiratif mais aussi et surtout reconnaissant.

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  4. Je ne vais pas retourner dans mes notes, mon souvenir est que ce qui m'avait le plus déçu dans la lecture des scripts de Rohmer, tenait à l'inconsistance des personnages, ce qui pour un personnage de script est relativement normal mais devient gênant lorsque le script est lu comme une œuvre littéraire, une fiction ou un roman. S'agissant d'un script, le personnage n'est pas encore là, c'est l'acteur qui va l'actualiser en apportant à la fois la matière corporelle du personnage tel qu'il est compris dans l'histoire qui est racontée et sa propre matière corporelle, personnelle. S'agissant d'une fiction, le script n'apporte pas l'autre partie essentielle de l'œuvre de fiction: la construction des personnages. C'est-à-dire qu'il y a une équivalence entre la conception des personnages dans une œuvre littéraire de fiction et l'inclusion de la personne de l'acteur dans la prise de vue.

    Rohmer dit ça assez clairement dans sin Introduction à la publication papier de ses Contes moraux:
    "Ici, manque une perspective, qu’un travail d’écriture, certes, aurait pu donner – par une description plus ou moins colorée, plus ou moins imagée, plus ou moins lyrique des personnages, des actions, des décors. Ce travail, je n’ai pas voulu le faire : plus exactement, je ne l’ai pas pu. Si je l’avais pu et qu’il eût abouti, je m’en serais tenu à cette forme achevée et n’eusse éprouvé aucune envie de filmer mes Contes."

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  5. Je savais, parce que tu l'avais dit, lorsque je t'avais fait part de mon intérêt, que tu n'aimais pas Perec J'ignorais qu'A. l'avait évoqué à propos de tes propres entreprises (ce qui ne me serait pas venu à l'idée). J'en viens à me poser cette question si ce n'est pas quelque chose comme ça, "froideur obsessionnelle", qui aurait pu t'effrayer, chez toi autant que chez Perec.

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  6. Une froideur obsessionnelle de ma part? Ce jugement me paraît bien curieux. D'habitude on me reproche plutôt un excès de sentimentalisme

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    1. Reproche que je ne t'ai jamais fait! Qui te le reproche? À mon sens pas sérieux

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  7. La musique contemporaine, en tant qu’elle rompt avec la tonalité, prend le risque de n'être plus directionnelle. C’est en cela qu’elle m'intéresse dans mon propre travail d'écriture. J’essaie d'écrire des histoires non-directionnelles. L’autre risque induit par ce bouleversement concerne la mémoire du récepteur. La question devient alors: Comment rompre avec le principe directionnel sans noyer le lecteur, c’est-à-dire sans lui faire perdre la mémoire. La musique y travaille par la répétition.

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  8. Je remarque d'ailleurs que La disparition comme La vie, mode d'emploi de Perec sont des fictions non-directionnelles

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