"L'histoire n'est pas vraiment comme monsieur K. l'a racontée. L'histoire, je l'ai toute entière dans ma tête racontée, toute racontée, en vers, j'ai passé toutes ces années à composer le récit de cette année passée dans le pays des mécréants. Mais je l'ai composée dans la langue des mécréants.
Elle n'est pas comme monsieur K. l'a racontée. Je l'ai en vers dans ma tête. J'ai passé toutes ces années à composer le récit d'une seule année. Parce que... mais je n'arrive pas à le croire, ou plutôt il me semble que les mots sont vides de sens, pire encore, qu'ils sont une dérision cruelle, une cruelle moquerie divine... Il faudrait que vous me donniez votre sentiment là-dessus mon père. Pardonnez-moi, mon père, je n'ai pas terminé ma phrase."
Il était venu vers moi en traversant la rue, il avait saisi ma manche et il m'avait dit: "Père, Père". Je croyais encore qu'il était un indigène même si sa voix n'était pas celle d'un mendiant. Mais ses vêtements puaient. Je revenais de la ville, de l'hôpital, et je rentrais au presbytère parce qu'il me restait un peu plus d'une heure avant la messe.
"C'est vrai, mon père, vous m'avez fait retrouver l'humilité orientale. Parce que lorsque j'ai pénétré dans ce quartier de jardins... mes pas évitaient ce quartier jusque là, jusqu'à ce que je décide de vous voir, oui, vous, mon père, parce que je vous connaissais déjà, je vous connaît depuis longtemps. Lorsque j'ai pénétré dans ce quartier de jardins, d'abord je me suis assis sur un talus et j'ai pleuré, des larmes sèches: je n'attends nulle délivrance là-dedans: un état ancien de moi-même est revenu me posséder: ma taille s'est redressé et mon pas s'est allongé."
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Il a dit : "je suis catholique et je veux me confesser". Et comme j'ai alors dirigé mon regard vers l'église: "Je veux me confesser, vous raconter mon histoire, et mon histoire est longue; voyez-moi, jugez à mon aspect si ce que j'ai à vous raconter est ordinaire. Accordez-moi je vous prie quelques heures."
Je l'ai fait entrer dans le presbytère. Je lu ai dit : "Voulez-vous manger quelque chose?" Il m'a répondu qu'il avait mangé ce matin et ses yeux parcourait l'espace de la pièce. Il l'a traversée et est entré dans la bibliothèque, je l'ai suivi, il s'est planté devant les rayons. "Que cherchez-vous", son index suivait les titres et puis il a sorti un livre. "Voilà, c'est très bien, vous l'avez", il m'a montré le livre, un recueil de nouvelles: "mon histoire est là-dedans, vous l'avez-lu ? ça nous fera gagner du temps." J'avais lu ce livre, et depuis peu de temps. Il m'avait passé le livre et me regardait. "Je me souviens, êtes-vous...? - Je suis l'homme qui a été crucifié. Mon nom n'est pas celui que je porte dans ce livre, mais c'est de moi qu'il s'agit."
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