dimanche 30 novembre 2025

Mount Abu, le lac

Le désert était un peu plus loin, un peu plus bas au sud, derrière encore quelques collines, quelques reliefs moins hauts et plus secs, pelés. Je ne suis pas allé de ce côté-là, je n'ai pas vu le désert, du moins je ne l'ai pas vu de ce côté-là, je l'ai vu d'en haut, depuis le mont Abu, beaucoup plus à l'ouest derrière deux chaînes de collines, où j'étais arrivé après un large détour.

Je l'ai vu depuis le bord du lac, le lac de l'ongle qui est comme l'ombilic, juché au sommet de la montage et qui est du côté du couchant comme une piscine à débordement: on n'aperçoit son bord qu'à s'en approcher de très près, et sa surface reflète le ciel et s'y confond. Et le soir les deux surfaces s'embrasent alors que le disque solaire, immense, descend derrière le désert, immense aussi, et immensément plat. Les jeunes mariés poussent leurs barques vers le bord pour tremper leur amour d'abord à ce spectacle de la descente du soleil à l'horizon du lac puis à celui vertigineux du désert. 

Je ne suis cependant pas venu en barque jusqu'à ce bord, je suis venu à pied en longeant le lac.

L'ongle serait celui d'un dieu, d'un de ces dieux qui ont creusé au sommet de cette montagne qui domine le désert de ses cinq mille pieds, la montagne monte encore un peu pour encadrer le lac comme d'une couronne, couronne ouverte vers l'ouest, vers le couchant.

Pas exactement cependant, et la scène que j'ai imaginée hier soir est un peu fantasmatique.

Les dieux, des dieux, lesquels?, avaient creusé ce beau lac en haut de la montagne, avaient évidé le sommet de la montagne en un petit lac rond ouvert vers le désert occidental. Ils l'avaient fait de leurs mains nues et l'on dit que l'un d'eux y perdit un ongle, donnant au lac son nom. Quels étranges dieux qui creusent la terre dure comme des forçats, comme des esclaves forcés de travailler à main nue une terre dure et douloureuse au point d'en perdre un ongle! Des dieux qui creusent la terre à main nue comme des prisonniers creusant sans outil un tunnel pour s'évader...

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