dimanche 9 juillet 2023

 Après un temps de jachère, un nouvel article pour le wiki: "2018.08.01 le mal", à la suggestion de CJ, une note de l'été 2018 (comme l'indique son titre: sauf exception les articles du wiki sont datés) qui consonne avec ses réflexions actuelles.

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1 commentaire:

  1. Dieu n’est pas une personne. On ne peut le considérer comme une personne sans l’affecter d’une limitation contraire à son essence. Une personne ne peut pas être toute-puissante. Dieu est un principe, il est l’instance suprême, et cette instance apparaît dans le monde à de certains moments, sous des visages toujours différents dont aucun ne peut être confondu avec lui. Ce que je dis là n’est qu’une paraphrase de ce que dit beaucoup mieux l’émir Abd El Kader (un soufi). Et le Diable, de même. Lui aussi apparaît quelquefois, trop souvent, sous des visages différents, qui nous forcent à le reconnaître sans l’ombre d’un doute. Et il n’y a pas dans le monde, contrairement à ce que pensaient les gnostiques, un domaine qui serait celui du Mal (le monde matériel, celui de la chair) et un autre (immatériel) qui serait celui du Bien. Ce qui ne signifie en aucun cas que le Bien et le Mal se mêlent, qu’ils se confondent. Comme diraient les vieux cowboys protestants, lecteurs de la Bible, près du bivouac nocturne, en fumant leur pipe de maïs, en route vers l’Ouest: “Je sais reconnaître le Bien quand je le vois, et je sais reconnaître le Mal aussi”. Peut-être, dans certains cas, pour les reconnaître ainsi, faut-il un peu d’entraînement. Sans doute faut-il ne pas avoir désappris à le faire, comme nous le désapprennent systématiquement, dans nos sociétés démocratiques, l’école, les sociologues et la plupart des intellectuels.

    Claude Lanzmann pensait qu’il ne fallait pas (ou qu’on ne pouvait pas) montrer l’horreur d’Auschwitz. J.-L. Godard pensait le contraire. A deux reprises, si j’ai bien compris, ils se rencontrent pour en parler, et les deux fois -- trop respectueux, trop timides -- ils n’ont rien dit.

    Je me souviens d’au moins une image qui apparaît en arrière plan, sans aucun commentaire, dans un certain volume des Histoires du cinéma de JLG. On a à peine le temps de la voir. Je ne la décrirai pas, elle est trop odieuse. Le sang me glace rien que d’y penser, d’autant que je me dis que cette image de cinéma n’a pas pu être prise par les prisonniers, seulement pas leurs bourreaux, et que, du coup, on croit les entendre en rire derrière la caméra. Mais en la voyant, et en m’en souvenant, je me dis “JLG l’a montré(e)” Sans aucune complaisance, en un éclair de seconde, mais il l’a montré. Le Mal absolu. Ce qui m’amène à renverser la question posée (en silence) par les deux bonhommes. Peut-être que le Mal, on peut le voir, et le reconnaître sans doute possible, en certaines occasions, tandis qu’on ne peut pas le dire. Et cette proposition ne contrariait pas, sur le fond, celle de Lanzmann, dans la mesure où les témoignages tellement précieux qu’il recueille nous donnent à imaginer ce qui, d’une certaine manière, ne peut pas se penser. Peut s’évoquer même aussi par la parole mais sans pouvoir se dire.

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