(Baisse d'intérêt lorsque Françoise Fabian passe le relais à Marie-Christine Barrault. Comme dans ces deux femmes, dans leur opposition, se superposent le physique (le genre de beauté), le tempérament et la croyance.)
Le cinéma se prête naturellement au commentaire. Il montre et ne signifie pas, comme le dit Bonitzer. Il ne signifie pas mais il suppose une signification (c'est particulièrement vrai du cinéma d'auteur: derrière le film il y a un auteur, donc un être signifiant). Dans la monstration il y a une virtualité de signification, et c'est au spectateur de l'actualiser. A l'époque cinéphile de notre jeunesse, la séance de cinéma se poursuivait immanquablement par une discussion au café où l'on faisait assaut de virtuosité herméneutique.
Je regarde le début du film avec en tête la question de la narration. Bonitzer n'est-il pas abusé par sa lecture de la version écrite de Maud, par quoi il commence son livre et qui est attribuée clairement à un narrateur? Verdict: non, quant à Maud au moins Bonitzer ne nous abuse pas, Jean-Louis est narrateur: les plans en vue subjective dans la voiture et les deux interventions de la voix off (ce qui n'est pas beaucoup mais assez pour faire de Jean-Louis un narrateur - il serait d'ailleurs intéressant de revenir sur les contenus de ces deux interventions de la voix off). Mais, je m'en rends compte un peu tard: le titre aurait dù suffir, qui indique clairement que le récit est d'un "je".
Cependant le visionnage du film avec cette question en tête est passionnante. Elle permet en particulier de pointer tout ce qui distingue la narration filmique de la narration subjective littéraire. Par exemple la prestance de Jean-Louis lorsqu'il rejoint sa voiture au sortir de l'église, possible en narration objective, presque impossible en narration subjective: si le narrateur se met à nous décrire son habillement et son allure, ce que nous retenons c'est moins sa prestance que son narcissisme ou sa vanité. La narration subjective porte ce paradoxe que le narrateur est le personnage le moins visible: il ne peut se voir qu'en miroir. Toujours présent, toujours objectivement absent sauf à se mettre devant un miroir, matériel ou moral.
Une fois qu'on a reconnu dans le film une narration subjective on continue néanmoins de voir que ça ne colle pas, ou plus exactement que la narration subjective se double d'une autre narration laquelle est proprement la narration filmique. Et ce serait vrai même si une voix off accompagnait constamment l'action: à partir du moment où le narrateur apparaît figuré dans l'image, il est un "il" et non plus un jeu. Au cinéma la narration subjective est double mécaniquement (sauf tentative expérimentale): il y a l'histoire que raconte le narrateur et l'histoire que montre l'image et entre les deux une distance variable qui est le fait du réalisateur. La narration subjective n'est pas la matière même de la narration mais, c'est particulièrement évident dans Maud, un véhicule d'indices pour orienter l'interprétation que fera le spectateur de ce qu'il a vu.
Un tel dédoublement de l'histoire est possible en littérature mais il est le fait d'une intention patente de l'auteur et elle demande des procédés particulier, des ruses. Au cinéma elle est une conséquence automatique du dispositif. En littérature ce dédoublement vient se surajouter à la narration (subjective mais pas forcément), dans le cinéma elle est un effet de l'introduction dans un film d'une narration subjective laquelle ne peut subsumer tout à fait la narration objective déroulée par l'image.
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