dimanche 29 juin 2025

Barde bavard

 Bavard, comme ce vieux poète irlandais au fond du pub, assis devant sa pinte de Guinness toute la sainte journée, avec sa pinte noire et sa pipe, le barde qui n'a rien publié depuis 20 ans ou à peu près, qui ne fait rien et se tait jusqu'à ce que quelqu'un vient s'asseoir près de lui. Et alors il parle, il parle. Il y en a debout au bar qui s'échangent un clin d'œil. Ce journaliste qui est venu, un Irlandais de Londres, il a commencé à prendre des notes, à remplir des pages de son carnet, il n'avait pas besoin de relancer le barde. Et puis il a arrêté d'écrire et quand il est reparti il avait l'air, son visage tourné vers nous sans nous voir, il avait l'air perdu, désemparé, désespéré, perdu. Et l'autre, le barde, après avoir reçu le congé du journaliste avec un sourire indifférent, avait repris sa position d'avant, derrière la pinte de Guinness et la pipe Peterson qu'il portait de temps en temps à ses lèvres sans qu'on pût deviner si elle était allumée ou éteinte.

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