La Pensée sauvage, pp 338 sq (dernier chapitre)
Me fait revenir en mémoire ce que je pensais dans les années 70, deux thèses ou complexes d'idées que j'ai sans doute par la suite nuancées, complexifiées, etc. mais qui restent parties de mon socle de pensée, que je n'ai jamais vraiment abandonnées:
La première, c'est l'idée que la science humaine reine, celle auxquelles les autres doivent s'ordonner comme à leur souveraine, c'est l'histoire. Thèse que précisément Lévi-Strauss combat ici en la prêtant à Sartre.
La seconde, c'est celle de la non objectité des cultures. Ce que je me disais, c'était que chacun a sa propre culture (fruit de son histoire personnelle) essentiellement différente de celle des autres, de chaque autre. Ce qu'on identifie alors comme une culture collective, une culture qui peut être une espèce d'un genre qui comprend d'autres espèces, essentiellement différentes d'elle, c'est la communauté au sein d'un collectif d'un nombre important de mèmes culturels, de traits culturels si l'on veut, voire de structures, nombre assez important pour que deux individus puissent se sentir appartenir à une même culture, à la différence d'autres individus appartenant à d'autres cultures. L'illusion alors de la substantialité de ces cultures, la nôtre et celle des autres est d'autant plus forte qu'on appartient à une communauté stable et homogène. On peut alors avoir l'illusion d'avoir une identité essentielle de par l'appartenance à une "culture" existante comme telle. De ce point de vue l'opposition, que je crois LS promeut, entre race et culture est spécieuse (ce qui explique la facilité avec laquelle l'extrême droite a pu transcrire son racisme en culturalisme: l'explication biologique de la diversité des races ne fut qu'un moment du racisme).
Lorsque l'autre jour je lis la formule husserlienne "chacun de nous a son monde, visé comme monde pour tous", je me suis tout de suite rappelé ma conviction ancienne et que je pourrais / devrait y remplacer "culture" par "monde", généralisant ainsi la proposition.
Ce que dit ce dernier chapitre de la Pensée sauvage est précieux en ce qu'il est clair et qu'il commence par critiquer chez Sartre l'opposition entre raison analytique et la raison dialectique (qui répète l'opération hégélienne en réaction à Kant et permet ainsi à échapper à la discussion, c'est à dire à l'épreuve de la logique).
Il pourrait ainsi si je le croise avec la proposition husserlienne me servir de point de départ pour élucider un peu mes interrogations sur la nature de la "découverte" de Colomb.
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