lundi 24 novembre 2025

dernier jour à Udaipur (27 septembre)

 J'ai accompagné Julian dans sa chambre. La veille, je lui avais dit que c'était un bordel. Il avait commencé de le prendre mal mais je lui avait dit que je n'en avais rien à faire et il s'était calmé.
Je devais avoir une drôle d'allure en Inde et... je ne sais plus trop qui je suis.
Je me suis mis à faire de la morale. Est-ce que je n'ai pas toujours fait ça ?

Julian m'a emmené dans la chambre qu'il avait partagée avec Janie. Janie était très jeune, très jeune et très jolie, avec des cheveux bouclés et un air Shirley Temple. Mais un regard fatigué - à la façon dont un regard jeune peut être fatigué. Elle avait été malade. Juste avant que je parte, 5 jours auparavant, elle allait, semblait-il, très mal. Un allemand s'affairait autour d'elle. Un homme d'une trentaine d'année, toubib, séduisant mais bavard. Je me souviens : pendant que j'écrivais à B, je les entendais à travers la porte de ma chambre. Je n'avais pas compris que c'était Janie qui parlait allemand. Mais ce soir-là, dimanche soir, elle était partie, avec Benji. Julian avait voulu rester seul, un jour de plus à Udaipur.
Julian m'a montré le pot où Janie se soulageait. Il en riait comme d'un mauvais tour qu'il lui jouait, de me montrer ce pot. Une si jolie poupée. Un peu plus tard il m'a montré un tube de vaseline. Il ne m'en a pas précisé l'usage.

Ce dernier soir, lorsque je suis rentré dans ma chambre, j'étais content - parce que j'avais fait, ou plus exactement j'avais dit ce qu'il me semblait avoir à dire.
A Mary, j'avais dit : "I don't like the way you behave with Indians."
A Julian, j'avais dit : "You smoke too much."
A Vincent, je n'avais pas dit ce que j'avais à dire, ce qu'il me semblait avoir à dire. 

(18 janvier 1993)

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