lundi 17 février 2025

Le paquet (El mentiroso, 2/x)

(précédemment)

  La cabine avait été rangée, préparée pour le départ. Il y avait deux belles malles au couvercle plat posées l'une sur l'autre et juste à côté un petit sac de voyage en cuir, entr'ouvert, prêt à recevoir pyjama, robe de chambre en soie (elle trainait sur le lit) et affaires de toilettes. Il prit dans un petit placard un paquet parallélépipédique de la taille d'un livre un peu épais, un gros in-octavo un peu épais, enveloppé de gros papier brun et fermé par une ficelle savamment nouée, et deux enveloppes: une "lettre de recommandation" et, m'expliqua-t-il, une sorte de certification ou de sauf-conduit pour le paquet dans le cas où la douane ferait des difficultés.

De ces deux enveloppes l'une seule était scellée, celle qui contenait le "certificat" ou sauf-conduit mais avant de me la tendre il scella aussi de deux coups de langue la seconde enveloppe et il plaça l'enveloppe du "certificat" sous les traits de la ficelle, au-dessus de l'adresse.

À la main le paquet ne donnait pas l'impression d'un livre, plutôt d'une boîte, non pas de bois mais plutôt en carton, un carton épais et rigide ou peut-être deux boîtes de taille et de dimensions identiques maintenues serrées l'une sur l'autre par le papier et la ficelle. Sur le dessus du paquet , écrit directement sur le papier, un nom et une adresse ainsi que la mention "à remettre en main propre" ("entregar en mano") soulignée deux fois.

Il a voulu encore m'offrir un verre. Il est allé chercher un verre à dents dans le cabinet de toilette et il nous a servi un peu de whisky qu'il a versé d'une flasque en métal, pour moi dans le verre à dents et pour lui dans le gobelet qui fermait la fiasque. Il m'a encore une fois remercié, nous avons bu, je me sentais embarrassé, mal à l'aise, j'ai vidé le verre d'un trait et je suis parti avec le paquet et les deux enveloppes.

Je me réveillai tard le lendemain (nous étions ressortis en ville, le coq, le bosco et moi, et nous avions trouvé cabaret, un pub où nous nous attardâmes). Duncan était parti. Très tôt m'a-t-on précisé. Je n'eus donc plus d'occasion de le revoir et de parler avec lui. J'étais mécontent de moi, de n'avoir pas insisté pour savoir ce qu'on me demandait au juste de transmettre, c'était la moindre des choses, d'évidence. J'aurais dû en faire la condition de mon acceptation. Je regardai le paquet posé sur le lit avec une sorte de rancune: il me semblait que Duncan s'était défilé, même si, me dis-je tout de suite, je l'avais revu ce matin je ne l'aurais pas interrogé. J'avais accepté et je n'avais à m'en prendre qu'à moi-même, non?. Je flanquai le paquet dans un placard de ma cabine et me persuadai qu'au fond tout cela n'avait pas beaucoup d'importance, que le service demandé était simple et banal.

Pendant le reste du voyage j'ai oublié le paquet de Duncan. Ou du moins je me suis efforcé de l'oublier...

à suivre

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