(Suite à une série de notes et d'échanges, mon ami CJ m'écrit: "Je trouverais très bien et important que tu écrives un texte sur ton concept du texte-dossier chez Ponge en laissant tout à fait de côté la question de ChatGPT mais en l'articulant sur ta (et sa) lecture de Dante (...)". Ce qui me flatte et m'embarrasse.)
Je vais essayer de répondre à tes incitations mais d'abord je dois préciser 2 choses:
1- Ponge et Dante
Ça a été pour moi une question annexe. C'est en me rendant compte que, à l'orée de la littérature européenne, la Vita nova avait été un premier texte-dossier et qu'ainsi Dante avait été un prédécesseur de Ponge ou, comme aurait dit Borges, que Ponge se serait, en inventant le texte-dossier, créé un précurseur en la personne de Dante, que j'ai voulu vérifier, à tout hasard, pour dire vrai, s'il pouvait y avoir eu quelque chose comme une influence consciente et pour cela voir ce que Ponge avait pu dire de Dante, en commençant par ChatGPT puis avec ton aide). Au bout du compte la récolte est plutôt maigre mais cependant pas tout à fait inintéressante, j'y reviendrai.
2 - texte-objet et texte-sujet
La distinction "texte-objet" / "texte-dossier" est un bricolage de mon fait, une distinction que j'ai faite pour y voir plus clair, précisément à propos de Ponge. Elle s'articule sur à et modifie une autre distinction que j'avais faite précédemment à propos non de Ponge mais de Proust et secondairement de Kafka, une distinction entre œuvre et Œuvre (avec une majuscule). Elle est peut-être moins solide et il faudra que j'y réfléchisse si je veux répondre un peu sérieusement à tes incitations. Quoiqu'il en soit elle relève d'une réflexion continue sur la nature de l'œuvre, sur ce qu'est faire une œuvre, réflexion aux enjeux personnels que tu auras devinés, sur le sens, au soir de ma vie, d'une activité à laquelle j'ai voué l'essentiel de mon temps libre, de mon otium sans qu'il ait pu s'en produire une "œuvre" (sachant que le sens de ce mot reste encore à définir).
Il reste un troisième point qu'il faudrait que je précise, peut-être le plus important et que j'aurais dû placer avant les autres.
3 - rhizome
J'ai la plus grande peine à écrire de façon concertée ce qui aurait été élaboré avant la mise en écriture, ce que, quand il s'agit de fiction j'appelle "faire du roman"° et quand il s'agit de cogitation, de spéculation, d'exégèse ou de critique, ce qui serait un exposé systématique et ordonné d'une doctrine. Je l'ai fait parfois, peu souvent, pour des raisons professionnelles essentiellement mais cela a toujours été très pénible, jusqu'à m'empoisonner des semaines, voire des mois (je pense en particulier à une sorte de testament professionnel livré juste avant mon départ à la retraite). Ce qui est sans doute une des raisons pour quoi je n'ai pu produire ni mémoire de maîtrise ni doctorat. Et s'agissant de fiction ou de narration en général, mes essais m'ont toujours procuré des résultats désespérants. J'écris, lorsque je ne suis pas obligé de le faire autrement, ce qui me vient. Ce n'est pas que des idées voire des morceaux de doctrine, pré-conçues, pré-pensées, ne peuvent me venir à l'écriture mais elles n'y peuvent venir que quand ça leur chante, ou si j'arrive à les séduire.
PS. Pourquoi "rhizome"?
Je ne fais pas que papillonner ou dériver au gré de ce qui me vient en tête. Pas toujours. Je crois. Je crois qu'il y a un centre, ou des centres autour de quoi mes annotations, mes fragments d'essais s'agencent, des vérités que je devine, entr'aperçois et poursuis mais pas frontalement, pas de face.
Je tourne autour de ces vérités comme un Actéon qui aurait été prudent et n'aurait cherché à voir Diane autrement que partiellement à travers le tamis des feuillages ou comme un qui essaierait des ruses de séduction jusqu'à ce que la déesse lui laisse voir quelque chose d'elle.
Et ce que je recueille, ce sont des éclats, des fragments qui s'organisent, à la longue, non pas systématiquement, non pas selon une doctrine qui pourrait s'enseigner mais de façon rhizomatique ou hyper-textuelle.
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° J'ai toujours été très impressionné par la méthode Hemingway qui commande de ne pas penser à ce qu'on va écrire avant de se mettre sur sa feuille pour le faire (et jaloux de la force d'âme qui permet de s’interdire d'"écrire dans sa tête").
Bravo, c'est génial, d'une clarté et d'une fluidité parfaites, tout ce que j'espérais. Il doit bien y avoir ici ou là une formule à redresser mais on s'en fiche, on verra plus tard, continue !
RépondreSupprimerMerci :-) Ceci dit les formules à redresser m'importent :-))
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