jeudi 25 septembre 2025

Mount Abu, journal (25 septembre)

 Vendredi 25 septembre '92

Mount Abu - 8:00.

Dans la lumière du matin, c'est assez beau, ce vallon où est l'hôtel.

Ça ne ressemble pas à de la montagne sinon que l'air de la nuit y est assez frais. (Je me suis plusieurs fois réveillé au petit matin pour me ré-envelopper dans ma couette - sinon j'ai plutôt bien dormi, j'ai fait un rêve sur le matin: un mélange entre Manali et ici, parce qu'il y est question du Ladakh mais qu'il y a un lac (...). Un homme assez âgé dit qu'il veut terminer son séjour par le Ladakh mais le Ladakh est fermé à présent, il y a de la neige.

Hier je me suis souvenu de Montserrat, une impression à cause de la situation et des gros rochers gris aux formes rondes et suggestives, mais ce matin la vue de mon balcon est celle d'une île, d'une île tropicale, avec ces maisons roses et jaunes, ces murs grisés de moisissures, ces tuiles, ces palmiers, cette ébauche de village juste en-dessous. L'hôtel Vrindavan lui-même est comme un village, trois ou quatre bâtiments séparés. Ma chambre est visiblement conçue pour des honeymooners et ce matin je découvre des graffitis au stylo-bille bleu sur le skai gris-bleu du baldaquin: "I love you". C'est le titre d'un film récent et aussi d'une chanson. Ça me rappelle que le système du mariage arrangé n'empêche pas l'expression romantique de l'amour, au contraire, pour la petite bourgeoisie du moins, ça le rend d'autant plus nécessaire. Comment disait Soni: "you have to manage it". Je n'ai vu d'occidental ici que furtivement, au fond de taxis, juste un jeune homme hier qui revenait à pied de Dilwara lorsque j'y allais.

L'omelette d'hier m'était spontanément servie au piment et le thé est servi allready mixed dans son pot.

Je regrette à nouveau un peu de ne pouvoir faire de photo (Soni m'avait proposé son appareil avant-hier): l'endroit est si particulier.

Décoration extérieure marron et blanc cassé de l'hôtel, des créneaux sur le bord des toits. Ma chambre est en haut d'un bâtiment en forme de tour, toute entourée d'un balcon étroit, des quatre côtés, comme un chemin de ronde.

(...)

13:15 - Gare des autobus. J'attends le bus pour Udaypur.
J'ai fait pour 3000 rps d'achats à l'emporium du Rajasthan, emballés dans un gros sac en plastique. J'ai été surpris par le poids. Maintenant j'ai un gros paquet de plus. J'arrive bien en avance à la gare des autobus pour être sûr d'avoir une place à peu près confortable.

Ma nouvelle montre a pris à nouveau une petite demi-heure d'avance.

(Un garçon vient de s'asseoir à côté de moi, il me démarche pour une compagnie de bus privée. Il m'a pris pour un American-Indian.)

Minuit, je suppose, quelque chose comme ça - Udaipur, Jagat Niwas

Une journée chargée, même si occupée pour l'essentiel par le voyage en bus.
Une journée pleine d'expérience quant aux rapports sociaux.
Je me suis donc réveillé à 7:30. J'ai pris le petit déjeuner dans ma chambre, etc..

Je voulais faire 6 choses, par ordre d'importance :
- poster mon courrier
- visiter le Rajasthan Emporium
- acheter un indian bag
- aller à Sunset Point
- aller à Aldingarh (quelque chose comme ça, vérifier dans le guide)
- visiter les bijoutiers.
J'en ai fait 4. Je suis remonté jusqu'au Post Office en traversant le bazar. La plupart des boutiques étaient encore fermées. Au Post Office un nabot très aimable, très serviable, comme peuvent l'être les Indiens. Portrait de Gandhi au mur.

Rajasthani Emp. fermé. J'ai retraversé le bazar et j'ai acheté un sac au passage (ce que j'appelle un indian bag, un "sac indien": une musette très simple, deux carrés de tissus, fermée par une tirette sur le dessus.) Très content d'avoir fait cet achat (20 rps), dommage seulement que ça ait été tard. Ensuite j'ai marché jusqu'à Sunset Point. Jolie promenade. Le paysage est grandiose comme annoncé, la montagne descend brutalement de ce côté (l'ouest) sur la plaine, celle-ci assez semblable à ce qu'on voit d'avion. J'ai pensé au cobra des Allemandes que j'avais rencontré chez Soni: elles, l'une ou l'autre, m'avaient lu les lignes de la main et puis, sachant que je me rendais à Mount Abu elle m'avaint m'avaient prévenu, un cobra sur lequel elles étaient tombées en venant ici, sur le point Sunset Point

Les panneaux de l'hôtel Hiltone (il y a aussi un hôtel Sheratone!): Keep nature natural, etc. Ça m'a rappelé les citations affichées sur les murs de l'aéroport de Kullu. Et cette phrase de Gandhi au bord de je ne sais plus quelle route (à Ranakpur): The world can respond to everyman's needs but not anyone's greeds.

Au retour j'ai bu un lemon soda (très salé) et je suis allé à l'emporium. J'ai commencé doucement mais j'y ai finalement passé bien 2 heures et j'ai acheté pour 3000 rps de marchandises. J'ai eu de bonnes explications sur tout ce que j'ai acheté. Lorsque j'ai eu fini, il n'était plus question d'Aldingarh, ni même de bijoutier. J'ai foncé à l'hôtel, ne m'arrêtant que pour boire ce soda (il faisait très soif et je portais un gros et lourd paquet. C'est amusant comme ici je supporte ce genre d'embarras), et puis acheter un sac de pois chiches grillés pour le voyage, à l'hôtel attraper mon sac et redescendre à la bus station.

Le contrôleur de la bus station m'adresse la parole en hindi.

J'étais très fier de pouvoir lire les noms des destinations en devanagari (à propos, à Mt Abu écrit sans sans la barre horizontale - l'alphabet gujrati en réalité mais où j'ai pu reconnaître les caractères devanagari que je connaissais). J'ai tout de même failli manquer le bus qui ne partait pas de son stand mais de la sortie de la gare. Une dame pipi au bec de lièvre. Deux chiens se battaient (ou plutôt une chienne et le chien qui essayait de la sauter), devant l'emporium aussi il y avait des chiens qui se battaient. Une analogie une idée, une perspective nouvelle sur la question des mariages, la confirmation d'une vieille idée ...

Le voyage a été long avec un incident au début : le bus au workshop, marché jusqu'à la bus station. Heureusement un jeune homme helpfull.

(J'avais remarqué à l'aller mais pas noté, les détritus dans les branches.)

Plusieurs fois lié conversation, avec un type marrant de 38 ans (les mecs de 30, 40 ans sont des rigolos) - "Write on your diary: Rajasthan is a nice country but population is bad". Épisode de l'épi de maïs: je suis sur le point de donner 1,50 roupie mais il m'arrête: une roupie, c'est le prix! puis avec le contrôleur: nous échangeons deux phrases, il me demande d'où je suis, ensuite mécompréhension.

La route prise à l'aller jusqu'à Sirohi, ensuite un paysage de collines.

Arrêt à la tombée de la nuit dans un village à une jonction. Beau moment. Je pisse dans un bosquet de bambous (Udaipur à 80 km.). Le contrôleur m'offre le thé et ne veut pas que je paye le second que je commande, il fait ensuite attendre le bus le temps que je finisse mon verre (chaud). Chauves-souris dans les palmiers.
C'est après cette pause que le contrôleur vient s'asseoir à côté de moi et que nous échangeons quelques phrases.

La nuit tombée, les étoiles. Il fait plus froid, je m'enveloppe dans mon longhi. Avant-goût de retour de crève.

Un peu avant la bus station le contrôleur descend. J'aurais voulu lui serrer la main. Il me fait un grand signe, je lui répond par un grand signe.

A la gare, je suis pris en charge par un rickshaw sympathique. Véhicule sophistiqué avec petits rideaux et musique. 15 rps, je lui laisse 20 faute de monnaie mais c'est okay. Démonstrations de sympathie (toute l'ambiguïté d'Udaipur).

Au Jagat Niwas, j'ai la chambre 9. Vue sur le lac, tout confort mais pas de charme, 300 rps. Celle que le couple de Français avait eue finalement).

Au restau Mary avec deux des Britanniques (j'ai eu tort d'écrire "anglais" jusqu'à présent: le roux au moins est Écossais) : Benjamin (Benji, le blond) et la mignonne, Janey (le mystère s'éclaircit, c'est bien celle qui était malade, elle est à moitié allemande mais née à Montréal).

J'ai commandé un poulet Strogonoff et une bière.

Conversation sur les homards et les langoustes. Janey me fait des amabilités, ce qui me fait plaisir (je l'avais remarquée le premier jour). Il paraît qu'il y a du tirage entre elle et son boy-friend, le roux.
Le roux arrive un peu plus tard avec Guda, le marchand de chemises, jaïn. Ils étaient ensemble à boire du rhum et à parler business. Nous buvons de la bière, parlons astrologie. Les deux filles vont se coucher. Guda me dit du bien de Gopal. Il me donne du "sir", semble me supposer une grande connaissance de l'Inde et me fait, sans obséquiosité, des démonstrations de sympathie.

Pendant toute la conversation Benji s'occupe à transformer un gros cahier à couverture de tissu rouge et pages jaunes en agenda standard du commerce. Il réserve même la fin pour les adresses. Mary l'inaugure par la sienne.

Épisode (tout ça est un peu plus tôt) avec le patron (un type très drôle, très fort) à propos de la lumière.

Mary pousse, comme d'habitude.

Bon, je suis à jour, il est 1:00, des chiens aboient, hurlent et se battent sur l'île en face, des poissons sautent de l'eau juste sous ma fenêtre et je vais dormir.

Petits poissons blancs à l'est de Nakki Lake

1 commentaire:

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