jeudi 18 septembre 2025

vers Mount Abu, journal (24 septembre)

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Jeudi 24 septembre '92

Ranakpur, 6:30.- J'ai délicieusement dormi et on m'a réveillé à 6:00 comme je l'avais demandé.

J'attends mon petit déjeuner et le lever du soleil. J'ai fait un tour de l'hôtel à la recherche de quelqu'un qui pourrait me préparer un thé, je me suis arrêté sur la terrasse qui donne vers l'ouest, à cause de la beauté de la lumière. Toutes sortes d'oiseaux et les cris des paons.

(Là, tout de suite, si je regarde par ma fenêtre vers la colline, un mur de pierres sèches, des petits arbres qui pourraient être des yeuses, un petit eucalyptus et une sorte d'acacia juste devant, je pourrais me croire dans le Var.)

Un chien m'a suivi. Les chiens rajasthanis sont quelque chose entre le lévrier et l'épagneul. Ils sont souvent en piteux état, à la différence de leurs congénères redoutables de l'Himachal. On ne les entend jamais aboyer et la nuit et plutôt que de les entendre se battre, on en entend un prendre une rossée.

8:00 - Sadri.

A présent je suis dans la plaine. Un éléphant à l'ombre d'un grand figuier une troupe de paons sur les murs d'un temple. Sadri, une petite ville bien ordonnée (comparativement) et propre. Les ruelles transversales à la route: chaque maison avec une sorte de petit perron de chaque côté de l'escalier central, la rue pavée et une rigole au milieu de la rue pour l'évacuation des eaux.

9:00.- Arrêt à Bali puis Falna puis ici dont je ne sais pas le nom (Sanderao)

Le problème est que je ne peux écrire que pendant les arrêts mais que pendant les arrêts j'ai envie de me dégourdir les jambes.

11:30 - Sirohi.

Que je secoue un peu ma flemme.

Le temps reste parfait, ciel tout bleu et pas trop chaud.

A l'arrêt dans une gare d'autobus. Les gares d'autobus du Rajasthan sont relativement propres.

A Sanderao, nous avons rejoint la route principale, ce qui veut dire plus de trafic, des camions, de la poussière, etc.. Et la route est dans un état assez épouvantable.
Elle file (si l'on peut dire) étroite au milieu d'une espèce de savane parallèlement à une chaîne de petites montagnes.

Forteresses au pied de la montagne.

(J'essaie d’éclaircir, de préciser l'image un peu floue que me donne cette notation, privée de souvenir. J'essaie Google Maps, j'essaie Google Earth, mais ça ne me donne rien, aucune image. Il y a bien quelques grosses maisons le long de la route, à gauche, dont les plus grandes peuvent évoquer la propriété où, au Pakistan, Oussama Ben Laden s'est fait exécuter sous le regard de Barack Obama, mais ça n'en fait pas des forteresses au pied de la montagne. Je ne peux qu'en reste là, une image comme sortie d'un rêve.)

Il y a des trottoirs à Sirohi, le long de la route, et des rues pavées derrière.
Je me souviens de la manière avec laquelle Montaigne et les voyageurs anciens en général marquaient l'état du pavement des villes italiennes.

12:30.- A Sirohi sont montées deux femmes en costume rajasthani, couvertes de bijoux, une vieille et une jeune. La jeune est très belle..

Je ne cesse de penser à la conversation avec Soni, hier matin, et à d'autres conversations analogues qui l'ont précédée, sur les deux systèmes matrimoniaux. (...)

Note que je retarde de prendre depuis hier :
un peu partout de longues lattes de schiste rouge, utilisées comme des planches de bois, palissades, etc..

(...)

Minuit - Hôtel Vrindavan, chambre 6.

Les cartes postales m'ont occupé toute la soirée mais je suis arrivé au bout. Et je suis assez content: j'ai épongé des dettes dont certaines dataient d'avant ce voyage. Depuis mes carences canadiennes, c'était un challenge que de réussir à maîtriser ma correspondance. C'est presque fait: le gros paquet que j'envoie demain (et il faut encore que je réussisse à l'envoyer) part un peu tard mais il part.

Mount Abu est un drôle d'endroit et l'hôtel Vrindavan est un drôle d'hôtel situé dans un drôle de coin. Pas du tout ce à quoi je m'attendais. Et ça ne ressemble à rien de ce que j'ai vu de l'Inde jusqu'à présent. Une sorte d'oasis perchée sur une montagne.

Le trajet a encore une fois été très beau, malgré un passage pénible entre Sanderao et Sirohi.

La dernière partie du trajet mon attention a surtout été occupée par la belle paysanne. Nous avons trois, quatre fois croisé un regard et mon sang a battu lorsque j'ai vu son ventre et son flanc. Les femmes sont souvent belles ici, le costume rajasthani laisse découvert, irrégulièrement et à moitié, sous le grand voile, le ventre, de sous le court corsage jusqu'à la taille de la jupe. Elle était jeune mais pas une jeune fille, l'âge d'une très jeune femme. Elle était sans doute mariée et même devait avoir des enfants. Hier matin Soni m'avait raconté qu'il s'était marié à seize ans et que sa femme en avait alors treize. Je voyais surtout son profil et son bras, sa main accrochée à une barre horizontale devant elle. Un nez assez long et droit, un menton parfaitement dessiné, un peu pointu, de longs cils, des yeux noirs et un regard intelligent et un peu hautain, des paupières plus sombres et un peu de cerne sous les yeux. Elle était parée comme une idole, les bras couverts de bracelets (j'ai composé mentalement une description de son costume), les doigts des mains et des pieds couverts de bagues, des bracelets aux chevilles, un grand anneau en or à pendentifs dans la narine gauche, un double bandeau d'argent autour du front, et des tatouages sur le visage: deux grains de beauté et une fossette sur le menton. Lorsque nous sommes arrivés à Abu Road, j'ai causé avec le contrôleur pour savoir où nous étions, où j'en étais de mon parcours. L'anglais a dû attirer son attention parce que lorsque je me suis retourné vers elle, tout de suite après, elle me regardait et nos regards sont restés échangés pendant quelques secondes.

(Je tombe de sommeil, mes 2 dernières nuits ont été courtes - mais ce qui m'inquiète, c'est que je n'aurais pas beaucoup de temps pour écrire demain, ni d'ailleurs les jours suivants. Je suis dès à présent surbooké jusqu'à mon retour, et encore faudra-t-il que tout marche bien - je pourrais par exemple me retrouver bloqué ici un jour de plus.)

Lorsque nous sommes descendus à Abu Road, je me suis occupé de la suite de mon trajet et je l'ai perdue de vue - et je m'en suis voulu.

Le trajet: la plaine, puis à Sirohi on oblique vers la chaîne de reliefs à gauche. Montée, col avec un temple (arrêt, offrandes). Plateau (je pense au Larzac), très longtemps. 

Nomades, bergers, très grand troupeau de moutons qui boitent le long de la route, les hommes en blanc dans leur élégant costume rajasthani, les femmes en noir, en costumes plus sévères que ce que j'ai vu habituellement, les hommes et les garçons conduisent les troupeaux, avec de longs bâtons et des sifflements. Entre les troupeaux, par groupes de quatre ou cinq, dromadaires près desquels marchent les femmes. Sur les dromadaires les lits à sangles posés à l'envers font le palanquin, les pots de cuivre enfilés sur les pieds, dans les palanquins les agneaux, les chevreaux nouveaux-nés et les petits enfants. Une file interminable de moutons que nous remontons jusqu'à ce qu'elle oblique à gauche vers les collines.

Le plateau s'étrécit.

Abu Road. J'achète un petit pain frit fourré servi dans une coupe en feuilles.

Épisode de la buvette. La femme jolie, l'homme tête à claques. La bouteille.

(L'épisode s'est perdu. Dommage! les mots évoquent des choses mais ce ne sont que les échos des mots. En fait de souvenir j'ai tout perdu. J'aurais dû faire un effort.)

La montée d'Abu Road sur la route principale jusqu'à la station de Mount Abu. Je pense au mont Aigoual (ce qui rétrospectivement me semble absurde) maia ce sont des palmiers, de plus en plus nombreux, de part et d'autre de la route.

Je prends une chambre pour 150 roupies et un taxi pour m'amener aux temples jaïns de Dilwara, 20 roupies.

Les temples jaïns. Il aurait mieux valu voir Ranakpur après. Dilwara donne le sens de Ranakpur.

Marque sur le front, safran.

Beaucoup à dire sur les temples jaïns. Ce qu'ils disent du jaïnisme et de la religion en général. (Comment j'imaginais Mt Abu.)

Retour de Dilwara à pied, beauté de la lumière et du paysage. La nuit tombe, je travers le bazar, fait un tour du lac. Des chants religieux en fond. Des singes au bord du lac, au bout.

Souper à l'hôtel : omelette au piment, toast et Thumps Up. 

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