Mardi 15 septembre '92
13:00.- Karol Bagh
Pré-symptomes de turista (Mary disait: les rots et les pets qui sentent l’œuf - et j'avais une petite chiasse ce matin et une vague envie de vomir). Veirem.
Hier après-midi encore une fois pas moyen d'écrire. Jo dort, Vijay avait l'air chiffon lorsque nous sommes sortis tout à l'heure.
Mais un peu d'ordre.
Hier. Co s'est réveillée in a very bad mood, s'est rendormie, etc.. A 13:00 il a été décidé que Jo et moi irions à Connaught Place pour régler, Jo, ses histoires de sous, moi, mes histoires d'avion. Nous avons pris la voiture de l'hôtel.
D'abord la banque, sur Parliament street. En étage, là, au sud de CP de grands buildings. Co et Vijay étaient restés à l'hôtel, il était convenu que nous les retrouverions devant le cinéma Regal, où les filles voulaient voir un film indien, à 15:00. Donc la banque en étage, "oversea's branch", des westerners, un Anglais énervé en short et chaussures de montagne, l'employée, une petite femme en punjabi dress orange, lymphatique et efficace. Jo a pu tirer 20 000 roupies sur sa mastercard alors qu'elle croyait n'avoir droit qu'à 10 000. Ça s'est passé en trois petits quarts d'heure. Ensuite nous nous sommes occupés des billets pour Udaipur. Sommes d'abord allés dans les bureaux d'Air India dans le superbe building qui ferme CP derrière Palika Bazar. Nous avions confondu Air India avec Indian Airlines! Le bureau local, de Janpath, d'Indian Airlines ayant brûlé, nous avons pris un ricksha pour le bureau de Parliament street, assez loin. Un Sikh efficace, les bras en arceau autour de son guidon.
15:15 - Ça y est, j'ai réussi à placer tout ce que je ne veux pas amener dans le Rajasthan dans la grosse valise achetée à Manali, et je repars comme je suis arrivé : avec mes deux sacs, un pour chaque épaule. J'aurais pu laisser un peu plus de choses ici mais l'important était de limiter le nombre de paquets - et c'est ce que j'ai fait. Vijay dit avoir souffert de symptômes analogues aux miens pendant la nuit : envie de vomir... Ce qui me rassure : ce serait donc à mettre sur le compte du rhum.
17:30 - Dans l'avion.
Voilà, nous avons laissé les filles au Classic, elles s'envolent cette nuit pour la France.. Je commence la dernière partie de mon séjour: Udaipur.
Je reprends le journal où je l'avais laissé tout à l'heure (comme nous n'avons pas fait l'enregistrement au même guichet, Vijay et moi ne sommes pas assis à côté, ce qui d'une certaine façon m'arrange).
Hier donc, peu avant 15:00. Je dîne avec Jo dans une gargote qui donne par une vitre sale dans le hall du cinéma Regal, je mange un petit pain rond garni de crudités et de pommes de terre que j'ouvre et arrose de la sauce qui est fournie avec (les habitués trempent plutôt leur petit pain ou leur sandwich dans la jatte de sauce). C'est un endroit comme cette gargote que j'aimerais photographier, en noir et blanc, mais pour cela mon Nikon, même en bon état, ne convient pas. Ce qu'il me faudrait, c'est un Leica, mono-objectif, un 50 et basta. Et faire des photos pour faire des photos. Je veux dire faire ça vraiment, pas prendre l'appareil avec soi pour le cas où.
Bon (nous arrivons à Jaipur alors je regarde un peu par le hublot : une plaine quadrillée irrégulièrement par une sorte de bocage tropical et des collines, d'assez hautes collines, jusque des petites montagnes issant de cette plaine isolées ou par groupe mais sans dessiner une structure générale :
Forêts sur ces collines et à leurs pieds. Un fort sur une de ces collines. Couleurs: orange clair, rouge et vert vifs.
Je reprends. Nous avons encore bu un café: il y avait une machine qui ressemblait à un percolateur mais qui ne servait qu'à fournir l'eau chaude pour le Nescafé. Les deux autres, Vijay et Co sont arrivés à 15:05. La séance était pleine. Je les ai accompagnés jusqu'à un autre cinéma non loin de là et nous avons convenu que je les retrouverais à la sortie, à 18:30.
(Je suis malheureusement assis du côté allée, du côté hublot, séparé de moi par un siège vide, un gros à petite moustache qui a sans façon jeté un coup d’œil dans ma pochette Indian Airlines en arrivant, l'ouvrant du doigt, et qui se fourre 4, 5 bonbons dans sa poche de poitrine à chaque passage du plateau.)
Je suis donc resté à peu près 3 heures sur CP. Et à moment donné je me suis senti assez mal.
19:30 (dans l'avion, toujours).- Je me suis mis à tourner autour de CP dans le sens des aiguilles d'une montre (je cherchais la librairie repérée lors de mon premier passage). J'ai trouvé comme ça un bureau de poste où j'ai pu expédier les 12 cartes postales que j'avais préparées la veille et le matin, petit problème quant au nombre de timbres mais pas grave (6 roupies l'affranchissement d'une carte).
(Un vieux monsieur sikh lit gravement un livre de blagues au milieu de la rangée devant moi.
Dans la pochette, il y a la revue des Indian Airlines, Swagat, plutôt classe, en anglais et en hindi. On se dit qu'on a là peut-être une autre image possible de l'Inde, aux standards internationaux. Bien sûr le luxe, Ray-Ban, etc., a toujours quelque chose de spécial en Inde mais on se dit que ça ressemble assez à ce qu'on trouve dans les pochettes des avions français. Et puis je regarde de près le sommaire et je me rends compte que la revue est fabriquée à Hong-Kong par une société qui s'appelle Media transasia Ltd.)
Ensuite j'ai trouvé la librairie, deux librairies en réalité. Dans la seconde, j'ai finalement acheté 2 dictionnaires (hindi-anglais, anglais-hindi), une méthode de hindi, de façon à ce que Jo puisse garder la sienne et 3 petits livres de cuisine. Je me souviens que j'ai voulu me laver les mains parce que les livres étaient poussiéreux, dans les toilettes, au fond du magasin, il y avait le même type de cuvette ailée qu'au château de Naggar. Dans les 2 librairies, il y avait un certain désordre et dans les 2 une importante section "Penguin books". J'ai demandé Naipaul's India mais il n'y en avait plus. Je suis ensuite passé chez le papetier. Je voulais racheter un note-book Sandesh mais j'ai trouvé à la place un carnet plus petit, plus dans le format habituel de mes carnets.
Bien sûr jusque là j'avais été arrêté trois, quatre fois, sollicité. En particulier je me souviens du vendeur de petits jeux d'échecs. Je me suis demandé si ce n'était pas le même qui m'avait tenu assez longtemps lors de mon premier passage. Je lui ai dit : "I saw you before." et il a disparu. Mais à partir de ce moment-là, je me suis senti encombré de mon sac en plastique plein de livres. J'ai essayé de le mettre dans le sac tibétain mais je n'y ai pas réussi.
(Udaipur dans la nuit: de la broderie verte et dorée sur du velours noir.)
22:00 - Jaggat Niwas.
Cette fois j'y suis, dans les 1001 nuits, c'en est presque embarrassant. J'ouvre les yeux et je n'arrive pas bien à les croire. Presque comique.
Je suis dans une casbah, au bord d'un lac, une casbah mais revue, enluminée 1001 nuits, des palais tout autour. Et la température est parfaite, presque fraîche. J'ai envie de dessiner ici. Les photos que m'a montrées Jo ne m'ont pas donné une idée de ce qui m'attendait.
Du coup mon voyage prend une inflexion bizarre.
Le City Palace est au-dessus des deux cours de l'hôtel, tout éclairé d'or, comme une grosse pièce de joaillerie.
C'est très beau
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