Pound a écrit quelque chose qui s'intitule "I gather the Limbs of Osiris". Les membres épars supposent une dispersion, c'est à dire une unité perdue ou subsistant ailleurs, dans une autre dimension. J'y pense en lisant Modiano. L'Herbe des nuits surtout où les fragments de narration sont donnés en désordre mais "derrière" lesquels on suppose, on devine, perçoit une unité, une histoire qui aurait un sens, qui pourrait être racontée de manière conventionnelle. On n'essaie pas de deviner le fin mot de cette histoire comme on pourrait le faire à la lecture d'un roman policier, malgré les signes qui pointent de ce côté-là (le policier, le meurtre...), parce qu'on sait que ce n'est pas un roman policier qu'on est en train de lire, que l'auteur ne se soucie pas de nous donner des indices quant au fin mot de l'histoire. Nous nous contentons de sentir cette unité dispersée sans nous soucier d'en deviner à l'avance le fin mot. Et d'ailleurs c'est mieux ainsi car le fin mot d'un roman policier, c'est généralement la solution d'une énigme, un point de capiton qui vient nouer ensemble l'histoire sans en exprimer l'unité. Modiano nous le donne au bout du compte ce fin mot, quelque chose comme un fin mot, qui nous satisfait moins (comme le ferait la solution d'une énigme policière) qu'il ne nous annonce la fin prochaine du roman.
(avril 2025)
Oui.
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