La Civilisation de Saint-Gall, pp. 182-183
Tutilon, de l'avis de Gautier, de Gourmont, de Gastoué, de Wagner, est indiscutablement l'inventeur des tropes. Si dans d'autres écoles on en retrouve, ce sont les siennes ou d'autres calquées sur les siennes. […]Déjà instrumentiste, compositeur et poète, Tutilon avait trop d'intelligence consciente pour faire un peintre. Ses ivoires sont médiocres. Ce n'est plus l'étonnant art irlandais «contre-partie septentrionale des décors arabes et persans!» qui avait persisté à Saint-Gall chez les peintres de livres. Ceux-ci avaient fait carrément du spirisme - sorte de cubisme rond - ou ce qui est appelé de nos jours du surréalisme. Il faudrait, pour le montrer, tout un album de reproductions en couleurs. On ne peut pas dire que l'émotion d'un spectacle, d'un sujet, ils ne l'éprouvaient pas, mais au lieu de les porter à imiter, elle les excitait à une frénésie d'entrelacs dont le résultat devait être miraculeux. Certes, des membres humains apparaissent quelquefois: des bras, une jambe, peut-être une tête, mais ils sont verts ou jaunes ou carmin ou de n'importe quelle couleur, si leur désir est de cette couleur. Ou bien on les voit stationner sur un rose de goéland, un vert usé, du citron pâle, des râles de soubassements sanguine abîmés vers l'orange, un pauvre violet, l'indigo d'encre, teinte neutre. Ces gens étaient des peintres et rien que des peintres. Bien loin de cette ahurissante beauté, sont les ivoires forcément un peu académiques de ce rhapsode trop palatin, trop habile, et en même temps que pur et saint, trop heureux dans tout ce qu'il disait ou entreprenait.VERTIGE DES FOINSDehors il y a la vie qui ne sait rien que ses lois. C'est la grosse campagne de l'an 800. Un tortueux vent tiède fait se coucher à mort le pavot triste et chanceler le cœur de l'homme. Mille trillions de grillons secouent le ciel.
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