Mardi 29.09.92
8:00, Hotel Classic (room 304)
Mon dernier jour en Inde pour cette fois-ci (si tout va bien; j'attends des confirmations de Kiran).
Il y a une espèce de grillon ou criquet ou cigale dans l'armoire de ma chambre qui fait un bruit assez irritant de roue grinçante. J'ai une irritation à la gorge qui me fait craindre un funeste retour de crève et une lourdeur derrière les yeux.
Les garçons ici ont un certain souvenir de notre précédent passage: on m'a demandé hier, dès mon arrivée, si je voulais de la bière, etc..
Suite du journal :
Dimanche : donc retour de mon safari chamelier. La nuit était tombée. L'Art Center était fermé, ce qui fait que je n'ai pas acheté de petits temples comme je le voulais ni d'autres peintures que celles que j'avais commandées. Ce qui fait aussi que Gopal était rentré chez lui. J'ai dit que je voulais le voir avant mon départ. Vijay a pris la moto pour aller le chercher. En attendant je suis allé à l'hôtel, pour me changer. En chemin j'ai d'abord rencontré Vincent. He overslept, s'est réveillé à 11:30. Je persiste à le trouver sympathique et manquer un rendez-vous à Udaipur ne peut être considéré comme une rupture de contrat. Nous étions là à causer lorsque Mary s'est pointée. Ils m'ont proposé que nous soupions ensemble au Mayur, je lui ai dit que j'étais pris ce soir, que j'allais boire un verre avec Soni et sa bande mais que je passerai au Mayur pour leur dire au-revoir. A l'hôtel j'ai changé mon short pour les jeans, j'ai pris l'étui des Ray Bans et Naipaul.
(Avant : je descends de Gokul vers Jagdish Temple, Julian en bicyclette, "What's your name?", puis Vijay en moto, a essayé de me rejoindre sur le chemin du retour, touriste à pied. Julian redescend, me dit quelque chose mais je cause avec Vijay. Passe.)
Je passe au Mayur. Donne Naipaul à Mary, fait mes adieux à tous les deux, Mary et Vincent, dit à Mary que lorsque je reviendrai à l'hôtel, je chercherai s'il y a de la lumière dans sa chambre. Je vais avec Soni, Vijay, Khan et Gopal au Four Seasons. Je donne les Ray Ban dans leur étui sur le chemin à Gopal.
C'est alors que la soirée commence vraiment.
Bon, je vais téléphoner à Kiran maintenant. Penser à passer chez Gulshan.
Personne encore à Exotic India. Je serai tranquille lorsque mon problème de surpoids sera réglé.
Soni, qui avait fait apporter une bouteille de gin, m'a demandé si je voulais de la bière: il se souvenait de mes goûts. Puis il m'a détaillé les paquets qu'il avait pour moi: les peintures que j'avais achetées, les couleurs pour Co, des photocopies de son catalogue, enfin une lettre.
J'étais seul à manger.
J'ai payé Gopal. Il ne m'avait pas remercié ou à peine pour les lunettes mais ensuite il les a montrées à Khan.
Il y a eu un moment d'émotion. Je ne sais plus exactement quand, si c'est à ce moment ou lorsque Gopal est parti. Plutôt avant.
Je ne sais plus ce que nous disions, Gopal et moi, mais il avait les yeux rouges. Il pleurait. Je me suis tourné vers les autres, eux aussi avaient les yeux rouges. Tout le monde pleurait, de façon retenue, juste avec les yeux, et moi aussi. J'ai repensé à la conversation avec Gopal, quelques jours auparavant : "Crying, crying, crying.", "Joking, joking, joking.".
Et puis, en même temps, j'avais cette longue conversation avec Soni.
Ça avait commencé avec une question que j'ai posée. J'avais posé cette question dans l'après-midi. Je voulais demander à Soni ce qu'il pensait du comportement d'étrangers comme Mary ou Benjamin. Mais, en réalité, Khan et Gopal avaient commencé (Vijay aussi) de répondre tandis que nous marchions vers le 4 seasons. "She speaks too loud and too much." J'ai dit que j'étais d'accord. J'ai dit combien elle me semblait américaine mais qu'elle n'était pas "all bad".
Je vais essayer d'appeler Kiran.
J'ai posé ma question en disant qu'ils y avaient déjà à moitié répondu. Alors j'ai précisé en prenant l'exemple de la danse de Benji.
13:00
La carte postale de Co, envoyée du Ladakh est finalement arrivée ici. J'ai téléphoné au bureau de Kiran, fait des courses et retéléphoné chez lui. L'affaire n'est toujours pas réglée. Je retéléphonerai dans une heure.
La crève me cherche toujours: j'ai la gorge irritée. J'ai acheté des vitamines et de l'Anacine.
A part ça acheté des pyjamas, une paire de chaussures et puis ce doit être tout. Oui: retiré les photos de Jo chez Gulshan. Pour les pyjamas j'ai trouvé un meilleur magasin que celui où Co m'avait amené, malheureusement j'étais passé avant chez le premier. J'ai acheté un gilet de soie superbe, à 400 rps. Et on m'a mis deux mouchoirs dans le paquet. Petit à petit je commence à savoir m'orienter. Et c'est le jour de mon départ.
Je vais encore acheter cet après-midi des petits pyjamas pour Jean et pour Numa.
Journal (suite):
Soni a répondu qu'il pensait que les Occidentaux (spécialement les jeunes) étaient libres but.... (J'ai dans l'oreille la voix de Soni et son intonation). Malheureusement je ne l'ai pas laissé préciser vraiment sa pensée. Je suis intervenu pour dire que certains d'entre eux ne se comportaient pas aussi librement dans leur propre pays. Je pense à la danse de Benji et au curieux trafic à la porte de ma chambre la nuit précédente. Je me suis dit que peut-être Benji draguait des Indiens. Et cette nuit-là, dimanche, Julian m'en a donné une sorte de demi-confirmation. A midi (dimanche toujours: mon journal devient très confus mais peu importe), ou plus exactement peu avant 14:00 (tiens, tant que j'y pense: au petit déj j'ai revu les deux Allemands de Ranakpur. Ils étaient à Udaipur depuis 4 jours mais n'avaient pas fait grand chose parce que le premier jour, ils avaient attrapé la chiasse dans un restaurant en étage du côté de Narula. Ils ne se souvenaient malheureusement pas du nom du restau).
Lorsque je suis allé voir du côté de chez Mary, ce n'était pas avec Julian (ni avec Janie et Benji: ils étaient bien partis dans la nuit) qu'elle causait mais avec des Allemands qu'elle avait rencontré au Népal.
(A la télévision qui s'est remise d'un coup à marcher Star limits, un deltaplane au-dessus de Monaco et qui atterrit sur la plage de Villefranche.)
Nous sommes allés dans sa chambre. Nous avons échangés quatre mots et elle m'a dit qu'elle n'avait pas bien compris what was up last night. Je lui ai répondu que si elle n'avait pas tout compris, elle pouvait imaginer ce qu'il en était pour moi. Elle m'a dit qu'elle-même avait du mal à comprendre Julian à cause de son accent. Je lui ai dit que je serais intéressé qu'elle me dise ce qu'elle avait compris, qu'elle pourrait me raconter ça au restaurant. Mais au restaurant elle n'a rien raconté du tout.
Bon, revenons au Four Seasons.
Donc, je n'ai pas laissé Soni expliciter son but. Encore qu'il se peut que la suite de la conversation l'ait fait.
16:15.- Retéléphoné à 15:30 pour rien.
17:10.- J'ai eu Kiran au téléphone il y a 1/4 d'heure. D'après lui ça devrait marcher. Je devrais savoir ça dans une heure et demi. J'ai du mal avec ça à me concentrer. Je regarde la télévision. Aux BBC News inondations dans l'Uttar Pradesh et éboulements dans l'Himachal. Routes coupées, réfugiés et un début d'épidémie de choléra. Plus dysenterie, etc.. J'achèterai des journaux à l'aéroport.
Je vais essayer de me reconcentrer un petit peu (je résiste à la tentation de prendre un Atarax, ce que je ferai certainement pour dormir dans l'avion).
Aux informations toujours : crash d'un airbus des Pakistan Airlines à Katmandou. Ils expliquent que l'approche de l'aéroport de Katmandou est particulièrement délicate en raison des montagnes qui l'entourent. Il y a deux mois, c'est un avion de la Thai qui s'était écrasé. Je pense à Mary qui doit être une habituée de l'aéroport de K. et qui disait l'autre jour le plus grand bien des Pakistan Airlines.
Pendant
tout mon séjour en Inde, le nombre de fois où j'ai bu de l'alcool doit
se compter sur les doigts d'une main, peut-être de 2, et essentiellement
en compagnie, aussi pour me saouler (ce doit être presque la moitié des
occasions).
J'ai en moyenne assez peu mangé et presque jamais
ressenti le besoin de manger qui ressemble à l'envie de fumer
(compulsion orale - mais ça, c'est un peu plus compliqué, ainsi durant
mon trip jaïn en bus, si le premier jour a été tout à fait comme ça, le
second j'ai constaté un changement, que ce n'était plus aussi parfait et
que j'avais envie d'autre chose que d'un épi de maïs et d'un peu
d'eau), et j'ai mangé plutôt végétarien, la plupart du temps végétarien
si les œufs n'étaient pas comptés comme viande mais ils le sont ici.
Les deux faits: que j'ai peu bu d'alcool et que j'ai assez peu mangé, et peut-être plutôt le premier, expliquent que mon Bierbauch
a fondu. Je vais essayer de garder en France les bonnes habitudes prises ici (mais ça va être difficile: l'Inde m'a pratiquement coupé
l'appétit dès le premier jour, c'est une habitude nationale que de peu
manger et le voyage me préservait par sa nature même de la compulsion
orale
- on ressent en Inde quelque chose comme un dégoût, j'ai
entendu plusieurs fois des voyageurs dire: "J'aime la cuisine indienne
chez moi." - ce pourquoi les "snacks", petits sandwiches de
pain de mie à l'anglaise, sont si populaires, se trouvent partout, - et
à en juger par le nombre de paquets de pain emballé que j'ai vu dans
les épiceries de Mt Abu, ce doit être une habitude partagée par au moins
une partie de la population indienne
- dimanche Soni m'expliquait que certains jours il lui arrivait d'oublier de manger-
hier à la télévision, la première chose que j'aie attrapée, après le film indien, c'était "Slim cooking", ça faisait amusant cette cuisine américaine ici: salade de pâtes aux légumes et aux crevettes).
Sans
doute pour les mêmes raisons, je n'ai pratiquement pas souffert de ma
gastrite malgré ma consommation de tabac continue. J'ai bu peu de café,
c'est peut-être une autre explication au calme gastrique et en
particulier je n'ai jamais ressenti le besoin de conclure mon lunch par
une tasse de café.
(...)
Je vais devoir rappeler Kiran. It makes me nervous.
Bon,
ça y est: je vais avoir droit à 15 kilos de plus que les 20
normalement autorisés. J'avais 30 kilos au départ d'Udaipur. Ma très
grosse valise doit peser quelque chose comme 20 kilos. J'ai dû acheter
pour 10 kilos environ ici mais par ailleurs je n'avais pratiquement rien
en cabine au départ d'Udaipur. Je peux ainsi compter sur un overweight
tarifiable de :
60 - (20 - 15 - 10 = 45) = 15 kilos.
A 300 ou 400 rps le kilo, ça va faire (mettons 400) :
15 x 400 = 6000 rps, soit 200 $ soit 1000 francs.
Bon, ça limite les dégâts mais ça vaut tout de même la peine que je
rouvre ma grosse valise pour voir si je ne peux pas transférer du lourd
dans mon bagage de cabine.
(Je prends l'avion de retour vers minuit. Je retrouve E. à Nice le lendemain.)
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