mercredi 19 novembre 2025

journal (27 septembre), dernière journée à Udaipur

(26 septembre)

Dimanche 27 septembre '92

8:00 Jagat N.

Réveillé ce matin par les chants de l'autre côté, sur l'île.

J'ai fini la soirée d'hier raisonnablement stone. Raisonnablement, c'est-à-dire qu'après être parti plutôt fort (tiré sur le shilom), je n'ai plus beaucoup avancé. C'est comme ça qu'on fume habituellement lorsqu'on fume "socialement" et je trouve ça stupide. J'exagère un peu mais il y a de ça. On fume comme on boirait. Bref.

J'avais attendu Vincent de 17:00 à 17:45. Finalement j'avais rédigé un mot sur le petit carnet mais il arrivait lorsque je partais. Sommes allés chez Soni. Vincent a paru impressionné par la qualité des peintures que lui montrait Gopal et il fera sans doute affaire chez Soni. Nous avons rendez-vous ce matin à 10:00 pour retourner à l'Art Center.

(Auparavant j'étais passé chez Ranesh Soni, son cousin m'avait dit Soni, et j'ai fait les achats de bijouterie que je voulais faire avant de partir. Les deux bracelets, l'un à 1600 roupies, l'autre à 1350 (le fils - Santosh - qui s'était d'abord occupé de moi me demandait respectivement 2000 et 1600), et les chaînes de chevilles, la plus chère qui fera un beau collier à 630 (prix annoncé par le fils - comme j'ai acheté l'ensemble, c'est peut-être un peu moins). Au total j'en ai eu pour un peu moins de 4700 roupies: j'ai donné 150 $ et Ranesh m'a rendu 20 roupies. Puis il m'a demandé d'écrire un mot sur son livre d'or. J'ai lu les deux dernières pages écrites juste avant par un milanais: Ranesh l'avait aidé lorsqu'il était malade, etc., J'ai écrit une demi-page, j'ai simplement raconté comment j'étais venu deux fois dans sa boutique.

("Son" ou "Sona" en hindi, ça signifie "or". Et "Soni" j'en déduit que ça signifie "orfèvre" ou "joailler". Un nom de famille et peut-être aussi un nom de caste. Soni, a quitté sa ville natale de Nathdwara pour devenir peintre, ici à Udaipur. J'ai imaginé qu'il avait ainsi quitté à la fois sa ville et les attributions de sa caste.))

Ensuite Vincent m'a accompagné tandis que je faisais les deux courses urgentes qui me restaient: acheter un sac (je n'ai pas vraiment trouvé ce que je cherchais - j'aurais à voir à Delhi) et retirer mon costume (un fantasme, un costume sur mesures) chez le tailleur. J'ai payé 700 pour le costume, bien réalisé malheureusement la matière n'est pas bonne. La nuit était tombée entretemps et nous avons eu encore quelques intéressantes conversations. C'est Vincent qui les a lancées en me demandant si j'avais moi aussi du mal à reconnaître les Indiens. 

Il me parlait de quelqu'un, il a essayé de me le décrire: mince, pas grand, une petite moustache et une mèche de cheveux très noirs sur le front… il s'est arrêté et il a dit: "Ils sont tous pareils!" Et on s'est mis à rire ensemble lui, noir très noir, et moi à peu près blanc!

Nous sommes remontés boire un verre au café Mayur. 

Le matin, chez Guda, Benjamin m'avait invité à les rejoindre, les Anglais et Mary, ici à 20:00, pour le souper, et tandis que je buvais un verre avec Vincent, ils sont arrivés, tous, irrégulièrement, d'abord Jane, Mary et Julian. Puis j'ai fait un saut à l'hôtel pour déposer mes achats et mettre un pantalon. À mon retour Benjamin était arrivé et il y avait aussi Soni, Vijay et l'artiste à qui Mary avait acheté des gravures, "Bubbles", que je n'ai pas identifiée tout de suite. Bubbles a raconté son histoire: fille du roi d'un petit état dans le Maddhya Pradesh, elle vit de ses rentes avec un artiste, non maritalement. Elle avait une façon très asiatique, presque japonaise de parler. Tout à la fin de la soirée son ami est arrivé, très macho et peu aimable. Elle le dévorait des yeux. J'ai cru comprendre alors qu'il était une sorte de gigolo mais je peux me tromper. En tous cas la soirée a été animée. Se sont retrouvés dans le café Mayur à peu près tous ceux avec qui j'ai lié amitié à Udaipur: Soni, Vijay et la bande, Mary, Vincent et les British. Il y a eu un joli désordre, chacun changeant de table, etc.. Benji s'est mis à danser, le garçon qui tient le café a ri (tout le monde riait, Soni, etc.) puis il s'est mis à pleurer. Soni m'a invité à venir boire le gin mais j'ai décliné son invitation, d'abord parce que la bière de la nuit précédente ne m'avait pas très bien réussi, ensuite parce que j'avais envie de fumer avec les British, get stoned once before leaving India.

Lorsque je suis retourné vers l'hôtel, j'ai trouvé Janie à l'épicerie puis Julian et Vincent, chambre 11, dans une discussion assez rude. Julian avait branché Vincent sur une affaire et il lui disait à présent quelque chose comme: "si tu me baises, je te baise". Vincent m'a passé le shilom et j'ai tiré quelques grosses bouffées qui m'ont monté tout de suite à la tête. Lorsque Janie est arrivée, elle a voulu ranger un peu et nous sommes allés, Julian, Vincent et moi, dans ma chambre. Benji nous a rejoints un peu plus tard avec un Indien qui avait été avec nous chez Mayur, Julian est ressorti avec eux puis il est revenu sans eux. Mary nous avait rejoints avant.

J'aimerais pouvoir rentrer dans le détail mais je n'ai pas vraiment le temps. Pour moi le point principal était que le hachisch me rendait difficile et de comprendre et de parler l'anglais. Vincent restait silencieux, comme prostré. 

Business. Mary et son mari. 

Discussion encore avec Mary et Julian lorsque Vincent a été parti. Au moment de partir Julian m'a encore dit quelque chose à propos de mes yeux, que je devais avoir vécu des choses ou quelque chose comme ça. Eux tous partis, je suis resté à la fenêtre, à enjouir le hachisch for myself. J'ai continué la conversation, essayé de formuler (en anglais) ce que je n'avais pas réussi à formuler en compagnie. Vu assez clairement ce qu'avait été la conversation. Grandes pensées unificatrices. C'était très bien mais ça a confirmé ce que je me suis dit jusqu'ici: pas beaucoup d'intérêt au hachisch ici.

Tout ceci n'est que le squelette.

13:10. 

C'est mon dernier jour à Udaipur et les sentiments que j'éprouve en ce dernier jour sont très mêlés. Vincent ne s'est pas pointé ce matin. J'ai laissé un mot en partant à 10:15 mais le mot était toujours là lorsque je suis revenu à 12:30. Gopal m'a amené au temple avec lui, il avait une offrande à faire. Temple de Shiva, un petit temple blanc dans un faubourg. L'ambiance était plutôt villageoise, le rituel semblable à ce que j'avais vu à Eklingji mais l'ambiance plus proche de Nathdwara: la presse, pas de vrai douceur... Retour à l'Art Center, Gopal me dit qu'il connaît Vincent et que ce n'est pas un type à qui faire confiance. Qu'il est connu au Sudha Guesthouse pour certains mauvais comportements, comme de demander des filles. Et puis je crois comprendre qu'il m'explique qu'il est là, Vincent, depuis trois ans et pas deux mois. Ça, ça me trouble vraiment (plus son lapin de ce matin, plus la question que je lui ai posée hier soir s'il était vraiment ici pour faire du business). Je n'ai vu personne à 11:00 non plus, heure à laquelle il était question que nous allions chez Bubbles.

Et j'entends Mary causer à côté. J'ai quelque fois l'impression d'être au milieu d'un asile de fous. Et si je trouve un peu de raison, avec toutes les ambiguïtés, c'est chez les Indiens. Bon, je vais jeter un coup d’œil à côté.

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-> 28 septembre / / derniers jours à Udaipurle discours de Soni (le 27 septembre)

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