Dimanche 27 septembre '92
8:00 Jagat N.
Réveillé ce matin par les chants de l'autre côté, sur l'île.
J'ai fini la soirée d'hier raisonnablement stone. Raisonnablement, c'est-à-dire qu'après être parti plutôt fort (tiré sur le shilom), je n'ai plus beaucoup avancé. C'est
comme ça qu'on fume habituellement lorsqu'on fume "socialement" et je
trouve ça stupide. J'exagère un peu mais il y a de ça. On fume comme on
boirait. Bref.
J'avais attendu Vincent de 17:00 à 17:45.
Finalement j'avais rédigé un mot sur le petit carnet mais il arrivait
lorsque je partais. Sommes allés chez Soni. Vincent a paru impressionné
par la qualité des peintures que lui montrait Gopal et il fera sans
doute affaire chez Soni. Nous avons rendez-vous ce matin à 10:00 pour
retourner à l'Art Center.
(Auparavant j'étais passé chez
Ranesh Soni, son cousin m'avait dit Soni, et j'ai fait les achats de
bijouterie que je voulais faire avant de partir. Les deux bracelets,
l'un à 1600 roupies, l'autre à 1350 (le fils - Santosh - qui s'était
d'abord occupé de moi me demandait respectivement 2000 et 1600), et les
chaînes de chevilles, la plus chère qui fera un beau collier à 630 (prix
annoncé par le fils - comme j'ai acheté l'ensemble, c'est peut-être un
peu moins). Au total j'en ai eu pour un peu moins de 4700 roupies: j'ai
donné 150 $ et Ranesh m'a rendu 20 roupies. Puis il m'a demandé d'écrire
un mot sur son livre d'or. J'ai lu les deux dernières pages écrites juste avant
par un milanais: Ranesh l'avait aidé lorsqu'il était malade, etc., J'ai
écrit une demi-page, j'ai simplement raconté comment j'étais venu deux
fois dans sa boutique.
("Son" ou "Sona" en hindi, ça signifie
"or". Et "Soni" j'en déduit que ça signifie "orfèvre" ou "joailler". Un
nom de famille et peut-être aussi un nom de caste. Soni, a quitté sa
ville natale de Nathdwara pour devenir peintre, ici à Udaipur. J'ai imaginé qu'il avait ainsi quitté à la fois sa ville et les attributions de sa caste.))
Ensuite
Vincent m'a accompagné tandis que je faisais les deux courses urgentes
qui me restaient: acheter un sac (je n'ai pas vraiment trouvé ce que je
cherchais - j'aurais à voir à Delhi) et retirer mon costume (un fantasme, un costume sur mesures) chez le
tailleur. J'ai payé 700 pour le costume, bien réalisé malheureusement la
matière n'est pas bonne. La nuit était tombée entretemps et nous avons
eu encore quelques intéressantes conversations. C'est Vincent qui les a
lancées en me demandant si j'avais moi aussi du mal à reconnaître les
Indiens.
Il me parlait de quelqu'un, il a essayé de me le décrire:
mince, pas grand, une petite moustache et une mèche de cheveux très
noirs sur le front… il s'est arrêté et il a dit: "Ils sont tous
pareils!" Et on s'est mis à rire ensemble lui, noir très noir, et moi à
peu près blanc!
Nous sommes remontés boire un verre au café
Mayur.
Le matin, chez Guda, Benjamin m'avait invité à les rejoindre, les
Anglais et Mary, ici à 20:00, pour le souper, et tandis que je buvais
un verre avec Vincent, ils sont arrivés, tous, irrégulièrement, d'abord
Jane, Mary et Julian. Puis j'ai fait un saut à l'hôtel pour déposer mes
achats et mettre un pantalon. À mon retour Benjamin était arrivé et il y
avait aussi Soni, Vijay et l'artiste à qui Mary avait acheté des
gravures, "Bubbles", que je n'ai pas identifiée tout de suite. Bubbles a
raconté son histoire: fille du roi d'un petit état dans le
Maddhya Pradesh, elle vit de ses rentes avec un artiste, non
maritalement. Elle avait une façon très asiatique, presque japonaise de
parler. Tout à la fin de la soirée son ami est arrivé, très macho et peu
aimable. Elle le dévorait des yeux. J'ai cru comprendre alors qu'il
était une sorte de gigolo mais je peux me tromper. En tous cas la soirée
a été animée. Se sont retrouvés dans le café Mayur à peu près tous ceux
avec qui j'ai lié amitié à Udaipur: Soni, Vijay et la bande, Mary,
Vincent et les British. Il y a eu un joli désordre, chacun
changeant de table, etc.. Benji s'est mis à danser, le garçon qui tient
le café a ri (tout le monde riait, Soni, etc.) puis il s'est mis à
pleurer. Soni m'a invité à venir boire le gin mais j'ai décliné son
invitation, d'abord parce que la bière de la nuit précédente ne m'avait
pas très bien réussi, ensuite parce que j'avais envie de fumer avec les
British, get stoned once before leaving India.
Lorsque
je suis retourné vers l'hôtel, j'ai trouvé Janie à l'épicerie puis
Julian et Vincent, chambre 11, dans une discussion assez rude. Julian
avait branché Vincent sur une affaire et il lui disait à présent quelque
chose comme: "si tu me baises, je te baise". Vincent m'a passé le
shilom et j'ai tiré quelques grosses bouffées qui m'ont monté tout de
suite à la tête. Lorsque Janie est arrivée, elle a voulu ranger un peu
et nous sommes allés, Julian, Vincent et moi, dans ma chambre. Benji
nous a rejoints un peu plus tard avec un Indien qui avait été avec nous
chez Mayur, Julian est ressorti avec eux puis il est revenu sans eux.
Mary nous avait rejoints avant.
J'aimerais pouvoir rentrer dans
le détail mais je n'ai pas vraiment le temps. Pour moi le point
principal était que le hachisch me rendait difficile et de comprendre et
de parler l'anglais. Vincent restait silencieux, comme prostré.
Business. Mary et son mari.
Discussion encore avec Mary et Julian lorsque Vincent a été parti. Au moment de partir Julian m'a encore dit quelque chose à propos de mes yeux, que je devais avoir vécu des choses ou quelque chose comme ça. Eux tous partis, je suis resté à la fenêtre, à enjouir le hachisch for myself. J'ai continué la conversation, essayé de formuler (en anglais) ce que je n'avais pas réussi à formuler en compagnie. Vu assez clairement ce qu'avait été la conversation. Grandes pensées unificatrices. C'était très bien mais ça a confirmé ce que je me suis dit jusqu'ici: pas beaucoup d'intérêt au hachisch ici.
Tout ceci n'est que le squelette.
13:10.
C'est mon dernier jour à Udaipur et les sentiments que j'éprouve en ce
dernier jour sont très mêlés. Vincent ne s'est pas pointé ce matin. J'ai
laissé un mot en partant à 10:15 mais le mot était toujours là lorsque
je suis revenu à 12:30. Gopal m'a amené au temple avec lui, il avait une
offrande à faire. Temple de Shiva, un petit temple blanc dans un
faubourg. L'ambiance était plutôt villageoise, le rituel semblable à ce
que j'avais vu à Eklingji mais l'ambiance plus proche de Nathdwara: la
presse, pas de vrai douceur... Retour à l'Art Center, Gopal me dit qu'il connaît Vincent et que ce n'est pas un type à qui faire confiance. Qu'il est connu au Sudha Guesthouse
pour certains mauvais comportements, comme de demander des filles. Et puis
je crois comprendre qu'il m'explique qu'il est là, Vincent, depuis
trois ans et pas deux mois. Ça, ça me trouble vraiment (plus son lapin
de ce matin, plus la question que je lui ai posée hier soir s'il était
vraiment ici pour faire du business). Je n'ai vu personne à 11:00 non
plus, heure à laquelle il était question que nous allions chez Bubbles.
Et
j'entends Mary causer à côté. J'ai quelque fois l'impression d'être au
milieu d'un asile de fous. Et si je trouve un peu de raison, avec toutes
les ambiguïtés, c'est chez les Indiens. Bon, je vais jeter un coup
d’œil à côté.
--
-> 28 septembre / / derniers jours à Udaipur, le discours de Soni (le 27 septembre)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire